Un contexte économique et social de crise aiguë

Dettes privées, dettes publiques

La crise financière de 2008 avait révélé l’ampleur de l’endettement privé, en particulier aux États-Unis. Afin de sauver le système bancaire international, poumon de l’économie mondial gangrené par les créances insolvables, les États ont racheté les dettes accumulées et ont injecté dans l’économie des milliers de milliards. S’ils ont agi avec la diligence nécessaire pour éviter une crise systémique, ils n’ont pas pu empêcher que les conséquences dramatiques de la crise se fassent sentir dans l’économie réelle : les salariés subissent chômage, baisses de salaire et dans certains pays, ce sont des milliards qui sont partis en fumée dans les fonds de pension, privant d’une retraite décente des millions de salariés n’ayant eu d’autre choix que celui de la capitalisation.

La finance spécule encore

Faute d’une véritable régulation de la finance mondiale, les spéculateurs ont repris depuis leurs pratiques, quoi de plus normal dans un système qui n’a d’autre finalité que l’accumulation rapide des profits. Utilisant l’argent prêté à faible coût par les banques centrales, les banques accordent à leur tour des prêts aux États qui ont besoin de se financer auprès des marchés pour honorer leurs obligations. Mais, spéculant sur l’insolvabilité d’États fragilisés par les plans de sauvetage du système bancaire, par les plans de relance de l’économie et par la baisse de recettes fiscales liées au ralentissement économique, ils dictent leur loi et imposent aux États des taux usuraires.

L’Europe, vice de forme

L’Europe est ainsi la cible de la spéculation, non à cause d’une situation économique plus dégradée, mais à cause des fondements et des choix libéraux de la construction européenne : les politiques de progrès et de justice sociale, de régulation et de redistribution bradées au profit de tout ce qui peut assurer la rentabilité maximale des capitaux et des marchés financiers. Ainsi la Banque Centrale Européenne, dont le seul objectif est de lutter contre l’inflation et qui n’est pas autorisée à prêter directement aux États, a certes baissé ses taux pour que le coût de l’argent soit plus faible, mais elle n’assure pas à elle seule la viabilité des politiques de relance. La zone euro n’est en effet dotée ni d’un gouvernement économique commun ni d’une politique fiscale harmonisée. Les règles de stabilité (limitation du déficit public à 3% du PIB et de la dette à 60%) privent les Etats européens de l’arme budgétaire pour relancer l’économie, contrairement aux Etats-Unis, qui laissent filer les déficits. Les nations européennes, qui commercent essentiellement entre elles, en sont revenues à une situation de concurrence économique et de dumping fiscal et social. Et ce depuis que l’Allemagne a consacré une grande part de ses ressources à l’absorption et à la mise à niveau de l’Allemagne de l’Est et depuis que les fonds structurels se sont concentrés sur les anciens pays de l’Est ayant intégré l’Europe.

Euro fort et concurrence intra-européenne

La période d’Euro fort que nous venons de connaître a alors essentiellement profité aux nations dont l’économie était parmi les plus compétitives, Allemagne en tête, au détriment des pays de la zone euro avec lesquelles elles commercent : Grèce, Espagne, Portugal … Dans les années 1990 déjà, la politique du franc fort destiné à coller au Deutsche Mark s’était traduit en France par un chômage plus fort. Aujourd’hui, l’Allemagne qui a amélioré sa compétitivité par l’innovation, la hausse de la productivité et la baisse des coûts salariés contraint les autres pays au dumping social ou à l’augmentation du chômage. L’euro fort, en l’absence d’une politique d’ajustements structurels à l’intérieur de la zone euro, a accentué les avantages des pays les mieux armés économiquement et a aggravé les difficultés des plus fragiles, les contraignant à accroître leurs dépenses sociales et leur déficit public. Ne pouvant ni dévaluer leur monnaie pour rétablir la compétitivité de leur production sur le marché européen ou international, ni emprunter auprès de la Banque Centrale Européenne, ils n’auraient d’autre choix que d’emprunter sur le marché, à des taux insoutenables, aggravant ainsi le coût de leur dette et leur déficit.


Plan de soutien et loi d’airain

Le tardif plan de soutien accordé par l’Europe et le FMI n’est hélas pas de nature à résoudre la crise grecque car il est assorti d’une politique de rigueur draconienne pour les fonctionnaires et les salariés de ce pays, rigueur qui va casser le retour de la croissance, accentuer les effets de la crise et plonger la Grèce dans une période de déflation. Si les recettes fiscales baissent plus vite que les dépenses publiques, la dette, et son coût financier, vont continuer à se creuser. C’est d’ailleurs déjà le pari que font les marchés et la contagion gagne d’autres pays européens tels que l’Espagne et le Portugal.


La situation française

La France, avec ses 8% de déficit et ses 80% de dette publique est dans une situation comparable à la plupart des pays développés. La dégradation des comptes publics semble conjoncturelle (baisse des rentrées fiscales du fait de la crise) et absorbable dans la durée. Quant au déficit structurel, il est notamment lié à une baisse inconsidérée des rentrées fiscales depuis 2000 (paquet fiscal, niches fiscales, baisse du taux marginal d’imposition..). De nombreuses voix se font d’ailleurs entendre pour réclamer une poursuite des politiques de relance financées par le déficit public. Un arrêt brutal de ces politiques, dans un contexte de croissance molle, aurait des conséquences économiques redoutables. Sur le plan social, les “ amortisseurs ” naturels que sont en France la Fonction Publique (un salarié sur cinq dans le secteur “ protégé ”) et la protection sociale ont permis au pays de mieux résister socialement à la crise de 2008/9. Pour autant, avec un taux de chômage de 10% pour la population active, une part importante de temps partiel et de précarité accrue, les conséquences sociales de la crise sont déjà très rudes pour une population frappée par les années de baisse du pouvoir d’achat.


Sarkozy, ou la volonté de faire payer les salariés

Est-ce à dire qu’on doive s’attendre à une conversion des libéraux au pouvoir à une approche keynésienne des politiques à mener dans les mois qui viennent ? Rien n’est moins sûr. Durement sanctionné dans les urnes en Mars 2010, Nicolas Sarkozy semble se lancer dans une fuite en avant incontrôlée dans le seul but de retrouver son électorat traditionnel avant les présidentielles de 2012. Il semble clair que les gouvernements européens, au premier rang desquels le gouvernement de Monsieur Fillon, veulent utiliser l’épouvantail grec pour mener dans les autres pays européens des politiques de rigueur et imposer la poursuite des politiques libérales à l’œuvre depuis 30 ans.
Il s’agit bien de la question centrale du moment : qui va payer la crise ?
Le scénario qui se dessine en Grèce a valeur d’exemple et d’avertissement : ce sont les salaires et les droits des salariés, du privé comme du public, des actifs comme des retraités, ce sont les services publics, les dépenses d’éducation, de santé, de protection sociale.. tous les acquis sociaux et le niveau de vie des classes populaires qui sont remis brutalement en cause au nom de l’urgence économique ( la faillite ou le défaut de paiement) sans que jamais d’autres choix ou solutions soient ne serait-ce qu’évoquées.


Sabrer les dépenses ou augmenter les impôts ?

On peut donc s’attendre à ce que le gouvernement mette tout en œuvre pour que ce soient les salariés, les chômeurs, les retraités qui, de gré ou de force, aient à payer le coût de la crise économique par une politique de rigueur aux conséquences bien connues : gel salarial, suppressions d’emplois dans la fonction publique, coupes sombres dans la protection sociale, baisse des retraites et des pensions … A moins que les salariés ne parviennent à faire voler en éclats les dogmes du sarkozisme : bouclier fiscal, cadeaux au patronat, exonérations fiscales pour les heures supplémentaires et les successions, RGPP et démantèlement des services publics …

Lire argumentaire « Retraites » : cliquer ici

Lire l’argumentaire « Situation dans l’education » : cliquer ici