14 novembre 2010

Notre académie, nos établissements

Assises sur les temps scolaires : Un débat de dupes ?

Assises sur les temps scolaires : Le 1er décembre à Marseille. Un débat de dupes ?

L’Académie organisera le 1er décembre des Assises sur les rythmes scolaires. Elles auront lieu au CRDP de Marseille (Boulevard d’Athènes) de 14h30 à 17H30.

Auparavant, elles seront déclinées en plusieurs réunions au cours du mois de novembre qui se dérouleront dans plusieurs établissements.
Cette initiative répond aux exigences de Luc Chatel qui a installé un comité de pilotage de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires. Ce comité a un calendrier précis :

- Consultations prévues dans toute la France jusqu’au 15 décembre.

- Remise d’une synthèse au ministre à la mi-janvier.

- Annonce de « pistes opérationnelles » jusqu’en avril.

- Présentation de pistes de travail par le ministre à la mi-mai et son calendrier d’application.

Pour que les collègues se saisissent de cette question, nous vous présentons un argumentaire qui analyse les présupposés d’une telle initiative, qui avance les problématiques véritables, et qui fait des propositions pour de véritables progrès dans les rythmes scolaires.

Une entreprise de communication, porte ouverte aux réponses simplistes :
Encore une fois, le Gouvernement impose un débat sur les questions scolaires qui tombe du « haut » sans donner la possibilité à la profession et aux différents membres de la communauté scolaire de s’en emparer.
Nouvel écran de fumée pour masquer les très graves conséquences de la politique scolaire marquée avant tout par des suppressions massives de postes ?

Mise en place d’expérimentations qui n’en a que le nom (« cours le matin, sport et culture l’après midi ») montrant l’orientation du ministère en termes de rythmes scolaires (recentrage sur les enseignements dits fondamentaux, relégation des enseignements artistiques, culturels, sportifs à de simples mises en activité.

on risque fort d’être devant un débat aux conclusions déjà écrites ne se bornant qu’à mettre en avant de faux problèmes. :

- La fatigue de l’enfant pourrait se résoudre en réduisant le temps scolaire accompagné d’un renvoi à l’extérieur de la prise en charge d’activités culturelles, sportives et artistiques.

- De là découlerait la possibilité de supprimer des postes qui seraient « externalisés » à des associations ou des opérateurs privés ; la réduction du temps scolaire quotidien et hebdomadaire, la réduction des vacances d’été ou des vacances intermédiaires… et ainsi l’augmentation du temps de travail des enseignants.

- Interroger l’organisation du temps scolaire sans interroger en parallèle les rythmes de vie dans la société et les contraintes matérielles et spatiales qui pèsent sur l’école, et ainsi faire courir le risque d’une simple adaptation du rythme des jeunes sur celui des adultes.

Ouvrons le débat sur les véritables questions : inscrire la problématique du temps scolaire de l’élève dans celle plus large de la réussite/échec scolaire :

Le SNES est ouvert au débat sur ces questions, mais il veut le faire en abordant celui-ci dans une perspective de démocratisation du système scolaire :

- Ainsi, on ne peut travailler les rythmes scolaires sans questionner les rythmes sociaux et familiaux, les rythmes de l’enfant, du jeune, de l’adulte. Evoquer la « fatigue » des jeunes en le liant quasi exclusivement à des emplois du temps scolaires qui seraient trop chargés n’a pas de sens si aucun regard n’est porté sur l’utilisation du temps par les jeunes en dehors de l’école. Or, divers travaux scientifiques montrent que les élèves les plus en difficulté scolaire sont ceux qui sont le moins en activité intellectuelle. Les élèves les plus en réussite sont au contraire ceux qui ont une semaine extrêmement chargée avec de multiples activités culturelles et sportives en dehors de l’école.
Le pari de la démocratisation et de la réussite de tous est bien de s’interroger sur la qualité du temps passé à l’école. Il faut plus d’école, mais une école qui pense mieux le temps scolaire et les rythmes de l’élève.

- Les politiques éducatives menées sont donc à interroger : Les conditions d’étude sont-elles à même de permettre à l’élève de travailler avec sérénité ? Des classes à trente et plus ne sont-elles pas fatigantes par la gêne, le bruit, le stress occasionné par une promiscuité due à une architecture des établissements mal étudiée ? Le déficit de plus en plus criant d’adultes dans les établissements n’augmente-t-il pas la nervosité, les moments de tension et le mal être de certains élèves ? La pression de plus en plus forte sur les élèves avec la multiplication des évaluations notamment au collège, les emplois du temps compliqués, la mauvaise répartition des cours sur la journée et la semaine, la pause méridienne trop courte, la longueur du premier trimestre, le mauvais zonage des vacances... ont un impact important sur la réussite des jeunes. L’absence d’un véritable droit d’expression des élèves, d’espaces de sociabilité correctement aménagés, ne participent-t-ils pas aux détachements de certains élèves avec l’institution scolaire ?

- Le zapping organisé de cours en cours avec des temps d’apprentissage de plus en plus réduits, des enseignants différents parce qu’à complément de service, des remplaçants de plus en plus précaires et mal formés, des enseignants de plus en plus fréquemment non remplacés faute de titulaires remplaçants en nombre suffisant, des jeunes enseignants qui n’ont presque plus de formation professionnelle…, tout cela ne concourt-il pas au stress, à la fatigue des élèves et à l’échec scolaire ?

Affirmer nos revendications :

Le SNES porte un autre projet pédagogique qui permettra une autre école. Et pour cela nous devons imposer nos revendications :

- Il faut distinguer le temps de travail de l’élève et celui des professeurs. L’amélioration des temps scolaires de l’élève passe par le recrutement des professeurs nécessaires, non par l’accroissement de leur temps de travail.

- Ce n’est pas en augmentant la durée et la charge de travail des enseignant que nous parviendrons à des évolutions. Le métier d’enseignant est un des rares à ne pas avoir connu de baisse du temps de travail depuis des décennies. Les maxima de service n’ont pas évolué depuis 1950, alors que la charge de travail n’a cessé de s’alourdir ( préparation de plus en plus complexe étant donné l’hétérogénéité des élèves, corrections de plus en plus lourdes notamment avec l’inflation de l’évaluation de multiples compétences, démultiplication des réunions – conseils de classe, réunions des équipes pédagogiques, des conseils pédagogiques, réunions avec les parents, préparation des projets d’établissement, jurys d’examen… -, travail de formation qui est laissé de plus en plus à la charge exclusive de chacun, mise en application de programmes très peu cohérents, etc.) Nous devons conquérir une baisse de notre charge de travail ce qui passera par une diminution du nombre d’heures de cours et de meilleures conditions de travail dans et hors des établissements.

- Les questions de contenus, de leur mode d’appropriation, des pratiques pédagogiques doivent être au cœur du débat. Il faut à l’évidence repenser le système éducatif dans le sens du « plus et mieux d’école », en créant les conditions pour que tous les élèves entrent réellement dans les apprentissages :

Une des questions essentielles est de savoir comment rendre pertinentes les activités d’apprentissage dans toutes les disciplines :

- Il faut interroger et redéfinir ce que doit être une culture commune large et ambitieuse, et non « déscolariser » des disciplines comme le sport ou les arts en ayant recours à des intervenants non enseignants, voire de renvoyer la responsabilité de ces disciplines aux collectivités territoriales (cela ne serait que reprendre le modèle allemand qui a échoué et qui est abandonné par ce pays !)

- Il faut repenser les conditions d’appropriation des connaissances pour en finir avec les séquences systématisées de 55 mn qui ne permettent pas à l’élève une appropriation correcte du contenu et du sens du cours. Ces séquences doivent pouvoir être suivies d’autres temps avec d’autres formes de groupement pour permettre à l’enseignant de continuer à travailler différemment avec les élèves. Des temps en classe entière, des temps de groupes, des temps de petits groupes où se succèdent cours magistral, mise en activité, soutien, aide permettraient de rendre beaucoup plus pertinentes des activités d’apprentissage dans toutes les disciplines.

- C’est aussi à l’école de prendre en charge le travail à la maison, facteur des plus grandes inégalités scolaires entre les enfants de classes sociales différentes. L’ensemble des élèves doit pouvoir faire l’ensemble ou une bonne partie des travaux de devoirs et d’apprentissage des leçons à l’école, encadré par des personnels enseignants.

Stéphane Rio et Florence Perez