20 mars 2013

Carrières

Bilan des réformes des voies technologiques et professionnelles : les chiffres ne sont pas bons !

Le Ministre qui présente en ce moment même son projet de loi d’orientation pour l’école à l’Assemblée fait l’impasse sur les questions ayant trait aux réformes précédentes du lycée que ce soit le Lycée Professionnel (passage du bac pro de quatre à trois ans) ou le Lycée Général et Technologique et notamment la réforme de la voie technologique industrielle.

Peu de résultats permettant l’évaluation sont disponibles, aucun échange démocratique sur le bilan de ces dernières années n’est organisé et une volonté inébranlable de garder le même cap existe. Pourtant les faits sont têtus !!
A l’occasion d’une note du SAIO (service académique d’information et d’orientation) de l’académie d’Aix Marseille concernant l’orientation et l’affectation dans le second degré (30/1/2013) une série de chiffres accablants sont établis par le recteur lui même.
Un quart des élèves de SEGPA affectés en CAP ne sont pas présents à la rentrée :

le nombre de « sortants en cours d’étude » dans la voie professionnelle, c’est à dire le nombre d’élèves quittant le système scolaire pour se retrouver à la rue atteint un niveau inacceptable :

12% des élèves inscrits en classes de 2nde pro en 2011/2012

16.5% des élèves inscrits en classes de 1re pro en 2011/2012

25% des élèves inscrits en classes de 1re CAP en 2011/2012

ce qui représente au total 800 élèves de l’Académie Aix-Marseille, principalement des lycéens professionnels, qui ont quitté leurs études entre septembre et fin décembre 2012.

5000 élèves de la voie professionnelle seraient potentiellement décrocheurs dans l’académie selon le SAIO.

Cela signifie, quand on connaît la situation économique et sociale de notre région, le poids de l’économie parallèle …. que des milliers de jeunes sont livrés à eux même sans aucun dispositif d’accompagnement social ou pédagogique.

Faute de classes passerelles et de perspectives d’études supérieures technologiques, 1400 bacheliers professionnels sont inscrits (par défaut) en licence, 1300 d’entre eux sont condamnés à l’échec en première année universitaire !!

En ce qui concerne la réforme de la série STI en STI2D le bilan n’est pas plus reluisant :

ce qui avait motivé cette réforme était « le peu d’attractivité pour les élèves » (dixit l’administration), le soit disant décalage par rapport aux besoins de l’industrie.

Que disent les chiffres :

avant la réforme le taux d’orientation en 1re STI (sur l’ensemble de la population élèves des classes de seconde) était de 6.8%. Il est deux ans plus tard passé à 5.9% soit une baisse considérable en deux ans !
Le Recteur reconnaît que cette tendance est en parfaite contradiction avec les besoins de l’économie en matière de personnels (ingénieurs, techniciens) qualifiés.

Cette réforme a déstabilisé des professeurs formés recrutés pour un certain type d’enseignement, elle leur a imposé un changement de discipline contre leur volonté, des formations dont les contenus sont mal définies, une réorganisation complète des locaux souvent contre l’avis du Conseil Régional, de nouveaux matériels pédagogiques .. comment s’étonner de la chute des recrutements d’élèves !

L’an dernier, lors du CTA du 19 janvier 2012, le Recteur de l’académie d’Aix-Marseille annonçait 514 suppressions d’emplois dont 285 pour les collèges et lycées (153 en LP et 82 en LGT) pour la rentrée de septembre 2012 .

Les mesures nouvelles qui sont annoncées pour la rentrée 2013, si elles indiquent un arrêt du dogme du « non remplacement d’un fonctionnaire sur deux » ne sont pas à la hauteur des besoins sociaux accumulés par des années de RGPP : les 22 créations de postes prévues en LGT et 8 en lycées professionnels se sont pas en mesure de changer le cours des choses.

L’enseignement professionnel avait déjà perdu dans notre académie 3000 élèves (13% des effectifs) ces deux dernières années (2010/2012), subit de plein fouet les conséquences de la réforme du Bac pro dont la formation est passée de 4 à 3 ans.

Celle-ci laisse sur le chemin de nombreux jeunes abandonnant leurs études en cours de cursus et ne se retrouvant dans aucun dispositif de formation. Les chiffres du Rectorat ne font que confirmer notre analyse.

Au moment où le pays à besoin de main d’œuvre qualifiée tant au niveau ouvrier (CAP, Bac Pro) que technicien (BTS), la réforme du LP et celle des séries technologiques, tarissent les flux d’élèves et remettent en cause l’existence même de ces formations dans l’enseignement public.

Il subit de fait l’abandon de fait d’une véritable politique d’éducation prioritaire qui ont vu ses moyens grignotés année après année, qui a servi de laboratoire à la déréglementation des statuts (Eclair), qui a servi de support pour la mise en place « d’une école du socle » avec des ambitions éducatives à la baisse et une politique du moins disant culturel. Les résultats concernant les sorties d’élèves de CAP ou l’abandon d’étude après une SEGPA en cours de formation le démontrent.

Il est temps d’inverser les choses.

Le débat parlementaire en cours sur l’avenir de l’école est le moment pour mettre sur la place publique tous ces éléments qui concernent l’avenir de la nation.

Les syndicats de la FSU, SNEP, SNES, SNUEP, avec les personnels veulent se faire entendre sur ces sujets là aussi.
La manifestation du 6 Avril sera un temps fort pour exprimer ces revendications :
il est urgent de revenir sur les réformes du lycée, de relancer une éducation prioritaire sinistrée ; il faut créer les conditions de la réussite pour tous et cela passe par une rupture avec les politiques passées.

Articles antérieurs sur cette question :

Changement de discipline en STI : recours !Lire ici
Compte-rendu du groupe de travail sur cette question en octobre 2012 : Lire ici