24 novembre 2009

L’actualité syndicale

COLLÈGES GHETTOS : FERMER N’EST PAS TRAITER.

Au bout de la logique d’assouplissement de la carte scolaire, il y a la fermeture des établissements ghettos. Et de substantielles et immédiates économies de postes et d’entretien des bâtiments. Les élèves sont quant à eux les objets d’un incertain « pari pédagogique » que les décideurs prennent dans le dos de ceux qui doivent le tenir, seuls : les professeurs. Première expérience nationale de fermeture d’un établissement ambition-réussite : le collège Giera dans la banlieue d’Avignon. Et premier bilan pour les deux collèges de centre-ville qui accueillent ses anciens élèves depuis septembre.

Il y a les points positifs : l’absentéisme est en baisse, les retours du privé sont pour l’instant plus nombreux que les départs, certain-e-s élèves trouvent l’ambiance de travail meilleure... Il faut dire que ces anciens élèves du collège Giera comparent avec un établissement laissé des années durant à l’abandon tant du point de vue des bâtiments (un des derniers de type Pailleron) que de l’offre de formation : dépouillé de ses sections sportives attractives, concurrencé par l’établissement voisin où s’ouvre une 6e bilangue anglais-arabe, il perd la moitié de ses élèves en une dizaine d’années et reçoit le coup de grâce en 2008 avec le dernier avatar de la politique de mise en concurrence des établissements : l’assouplissement de la carte scolaire qui lui retire 87 de ses meilleurs élèves. Dans des lieux vêtustes, dans l’entre-soi des relégués, pas étonnant que l’ambiance n’eût plus été au travail... Notons au passage que pour le sénateur Arthuis (03/11/2009) et le ministre Chatel (10/11/2009), ce serait aussi un peu la faute des équipes, mal recrutées à cause... du paritarisme !

Et puis si on prolonge la comparaison, il y a aussi ce que ces élèves n’ont plus : de la place d’abord car les deux établissements ont été mis aux limites de leur capacité d’accueil et cette promiscuité produit d’elle-même du désordre ; mais aussi des petits groupes, des classes-relais, des moments de remédiation... Comme si la fée mixité sociale se substituait au cours eux-mêmes et infusait instantanément aux collégiens la science de résoudre des équations, de conjuguer l’imparfait du subjonctif ou de dater le baptême de Clovis, le ministère a réévalué à la baisse les besoins de ces collégiens et a retiré des postes. Résultat : des classes à 26 voire des groupes de langue à 30, une remédiation ne reposant que sur le volontariat de profs déjà en lutte pour dénoncer leur surcharge de travail (vie scolaire, prise en charge de l’hétérogénéité, tâches extensives du professeur principal) ou sur le recours à des étudiants des prépas du lycée voisin. Au final, à la veille des premiers conseils de classe, rien ne dit que l’opération aura été positive pour les élèves issus de Giera pour lesquels, finalement, rien d’autre n’a été fait que fermer leur établissement, comme si cela devait traiter leurs difficultés scolaires.

Reste l’impact sur le quartier. La cour des comptes a récemment confirmé que l’assouplissement de la carte scolaire renforçait la ghettoïsation. N’est-ce pas d’ailleurs à cela qu’elle sert d’abord : dégrader pour mieux liquider ce qu’il reste de services publics dans les quartiers populaires ? Avec deux issues toujours gagnantes pour le gouvernement : soit le ghetto demeure, il devient un prétexte à la déréglementation donc il produit des économies, soit il disparaît et il produit des économies. Quant à produire de la réussite scolaire... Pour les catégories sociales en question, un « pari » suffira ! Ce n’est pas comme si, dans notre chère République, l’éducation était un droit...

[Note : pour contrer les effets néfastes d’une politique à laquelle il dit s’opposer, le Conseil Général a été interpellé par le SNES 84 afin qu’il utilise sa compétence en matière de sectorisation sur l’agglomération d’Avignon et réduise les nouveaux risques de fuite vers le privé à la prochaine rentrée. Il s’est dit « préoccupé » par le sort des collèges du centre-ville, mais n’en tire aucune conclusion ! En somme il ne contre pas mais entérine les effets de la politique gouvernementale. Surtout qu’ils se produisent dans un canton tenu par un conseiller général UMP, par ailleurs sénateur, vent debout depuis 2008 contre une loi qu’il a votée... en 2007 !]