15 mai 2011

Carrières

Compte-rendu de l’audience accordée par les IA-IPR de Langues au SNES le mercredi 4 mai 2011

Compte-rendu de l’audience accordée par les IA-IPR de Langues au SNES le mercredi 4 mai 2011

Membres de la délégation du SNES :

 -Cathy FERRÉ, professeur d’espagnol au lycée Jean Monnet à Vitrolles

 -Colette COMBET, professeur d’anglais au lycée Honoré Daumier à Marseille (8°)

 -Emilie GENDRY, professeur d’italien au collège Henri Barnier à Marseille (16°)

 -David TESSIER, professeur d’histoire-géographie et de DNL en espagnol au lycée Émile Zola à Aix-en-Provence

 -Stéphane RIO, secrétaire académique adjoint du SNES d’Aix-Marseille

IA-IPR présents :

 -M. ROUX, IA-IPR d’anglais

 -Mme TURIN, IA-IPR d’anglais

 -M. BRUNIAS, IA-IEN d’anglais

 -Mme DURAND, IA-IPR d’italien

 -Mme LEVICKY, IA-IPR d’allemand

 -Mme DUMAS, IA-IPR d’arabe

Nous avons commencé notre intervention par le constat que les enseignants de langues vivantes se posent de plus en plus la question de leur avenir et de l’avenir de leur enseignement dans le contexte de réformes actuel, en particulier la réforme du lycée qui voit diminuer les horaires alors même que les effectifs et les besoins augmentent, et l’introduction du Livret de compétences au collège dont la vision utilitariste de l’école qu’il propose heurte notre conception du métier.

En préalable, nous avons précisé que nous considérons l’approche de l’enseignement des langues vivantes uniquement par le biais des compétences comme particulièrement réductrice et peu pertinente.

Nous avons développé ensuite les questions spécifiques au collège, puis au lycée.

1) L’évaluation du niveau A2 dans le cadre du Livret de compétences


Cette évaluation par activités langagières ne va toujours pas de soi, et la conception utilitariste des langues vivantes qui se développe par ce biais nous préoccupe.
Les Inspecteurs ont été surpris d’apprendre que la validation du niveau A2 dans certains établissements s’apparente à une mascarade puisque des élèves non validés par leurs enseignants le sont par les Chefs d’établissement.
Ils ont affirmé que c’est bien le contenu culturel qui doit guider les apprentissages et que la mise en œuvre des principes du CECRL n’était pas une remise en question de l’aspect culturel de notre enseignement, toujours bien présent dans les programmes : il s’agit d’articuler les deux.

Bien que les orientations actuelles du gouvernement nous laissent peu d’espoir, le SNES continue à revendiquer la création d’une épreuve de langue au Brevet.

2) Les évaluations académiques

Ces évaluations occasionnent une importante surcharge de travail en fin d’année et sont souvent effectuées de façon totalement bénévole. M. Roux a rappelé l’objectif initial de ces évaluations : savoir à un instant T et pour un niveau donné quelles sont les performances des élèves, afin de cibler les activités langagières qui seraient peu ou mal travaillées, démontrer l’efficacité du dispositif de la classe bilangue, et enfin faire travailler ensemble des équipes de langues différentes. La Commission académique des langues qui s’est réunie en octobre dernier s’est posé la question de continuer cette expérimentation, dont les Inspecteurs savent qu’elle est très lourde, et a finalement décidé de la poursuivre en apportant quelques modifications, comme l’équivalence en note chiffrée des résultats des élèves.

Nos revendications concernant une plus grande harmonisation de la mise en œuvre de ces évaluations, gérée localement avec de grandes disparités, ainsi que l’allègement du processus de saisie des résultats, ont été entendues.

3) La nouvelle épreuve d’histoire des arts


L’inquiétude des collègues concernant l’organisation de cette nouvelle épreuve du Brevet est partagée par les Inspecteurs, qui perçoivent bien la grande confusion dans laquelle elle se met en place, mais ils considèrent que c’est une chance que les enseignants de langues puissent y participer.

Ils appuieront donc notre demande d’un cadrage national de cette épreuve.

4) La question des groupes de compétences

Les Inspecteurs ont rappelé les objectifs de ce dispositif, qui est d’assurer l’équilibre entre toutes les activités langagières que nous devons travailler, tout en permettant aux élèves une meilleure marge de progrès par rapport à leur niveau de départ dans chacune des compétences. Nous avons répondu que l’enjeu n’est pas celui là mais nous n’avions pas le temps de développer le contenu idéologique du dispositif.

Nous avons insisté sur le fait que de nombreux collègues s’opposent à l’organisation de l’enseignement par groupes de compétences qui leur semble peu efficace, lourde à mettre en place et peu adaptée aux difficultés des lycéens. Il est donc inacceptable que des équipes se voient imposer ce fonctionnement.

Face à nos remarques concernant le chantage que certains Chefs d’établissement exercent parfois sur les collègues pour la mise en place de ces groupes de compétences en échange de groupes à effectifs réduits, les IPR ont réaffirmé que cela n’est pas obligatoire et ne doit en aucun cas être imposé à des équipe qui ne seraient pas volontaires. Ils ont pris note de ce problème. Pour poursuivre la réflexion sur ce sujet, un stage spécifique, à public désigné, a été organisé, et aura lieu avant la fin de l’année. Nous avons dénoncé ce forcing. Il nous a été répondu que ce stage n’avait pas pour objet d’imposer l’organisation des enseignements en groupes de compétences mais d’entendre les remontées du terrain et de permettre des échanges. On pourra s’en prévaloir (cf préalable).

5) Certifications

De même que pour les groupes de compétences, les certifications ne sont en aucun cas obligatoires, ni pour les enseignants, ni pour les élèves.
Les Inspecteurs ont été scandalisés d’apprendre que des enseignants de DNL ont été sollicités pour les faire passer et ont assuré que tous les professeurs les faisant passer percevaient une rémunération, même minime.

Nous dénonçons aussi la débauche des professeurs de l’éducation nationale et la dépense d’argent public affecté au profit de consortium privés pour la passation de ces certifications.

6) Stages intensifs pendant les vacances

Nous avons également contesté les stages intensifs pendant les vacances comme palliatif pour travailler l’expression orale qu’on ne peut, de fait, pratiquer en classe étant donné les effectifs. De plus, le déplacement du temps de travail « intensif » pendant les vacances éveille nos soupçons. Nous voulons travailler pendant le temps scolaire et nous pensons que la pratique orale est essentielle. En outre, si on ne peut pas obliger un enseignant à animer les stages intensifs pendant les vacances, ce n’est pas une raison pour solliciter des personnels non qualifiés, voire extérieurs à l’Education Nationale, comme cela a pu être le cas dans certains lycées.

Aussi, nous demandons des effectifs compatibles avec ces pratiques et un nombre d’heures suffisant pour pratiquer toutes les activités langagières pendant le temps scolaire et avec des professeurs de langue.

6) Les nouveaux programmes du lycée

Suite à notre remarque sur l’inexistence de programmes spécifiques à chaque langue dans la réforme du lycée, les Inspecteurs ont assuré que des documents d’accompagnement pour chaque langue étaient en préparation.

7) Place des Sections Européennes et Internationales dans la réforme


Face à nos inquiétudes sur l’absence de textes pour l’instant, les Inspecteurs nous ont rassurés en affirmant que les anciens textes s’appliquaient toujours, dans l’attente des nouveaux textes promis par le Ministère ; en revanche aucun moyen horaire spécifique ne sera accordé dans les DGH et ce sera aux établissements d’attribuer les heures, éventuellement à partir des 10h30 à répartir localement, ce qui nous préoccupe puisqu’alors ce sera au détriment de certains dédoublements.
Les Inspecteurs ont admis que la Mention Section Européenne reste difficile à obtenir, et qu’elle n’est reconnue ni par les Universités françaises, ni à plus forte raison à l’étranger.
Mme Levicky a insisté sur le fait que constituer des pôles d’excellence en langue ne devait pas revenir à créer des classes d’élite.

8) Suppression de la langue de complément en ES

Les Inspecteurs déplorent comme nous la suppression de cette option et sont d’accord pour dire que la langue de complément risque à terme de disparaître complètement. Ils ont déjà fait part de leurs inquiétudes au Ministère, qui leur a répondu que l’objectif était de récupérer des moyens en ES afin de pouvoir revaloriser la série L.

Une fois de plus, on supprime des enseignements aussi utiles qu’intéressants et agréables.

Les inspecteurs ont convenu que cet enseignement n’aurait pas dû disparaître et précisent qu’ils ont fait remonter à l’IG les pétitions envoyées par les collègues de plusieurs établissements.

9) Les documents « déclencheurs de parole » du Bac STG

Nous avons déploré la pauvreté des documents proposés dont les thèmes transversaux sont tellement globalisés qu’il n’y a plus aucune spécificité culturelle selon la langue étudiée. Ces documents sont aussi trop souvent moralisateurs, hygiénistes et culpabilisants. D’autant qu’on sait à quel point notre enseignement est influencé par les épreuves du baccalauréat.
On nous a répondu que c’est un phénomène de société et qu’on ne trouve plus dans la presse que ce genre de documents, effectivement très réducteurs.

Nous souhaiterions, pour notre part, la réintroduction de documents avec un fond culturel différencié selon les langues.
Nous avons ajouté que l’évaluation de l’oral était une avancée positive qu’on voudrait voir élargie.

Mais nous avons dénoncé la logique de l’évaluation par ce « déclencheur » qui semble donner lieu à l’évaluation des réflexes en court-circuitant la pensée puisque selon le BO, ce document « ne doit pas donner lieu à un commentaire formel…parole libre, partir de ce qu’a dit le candidat, » n’ayant « surtout pas pour objectif d’évaluer des connaissances ou…compréhension du document » , ce qui nous paraît affligeant.

10) Le nouveau Bac Pro 3 ans

Nous avons soulevé le problème de la mise en œuvre trop rapide de cette réforme, qui prévoit un enseignement de LV2 pour tous les élèves, sans s’être assurés que la carte des langues en lycée professionnel le permettait. Le cas des élèves n’ayant pas fait de LV2 en 3° est selon M. Brunias marginal. Mme Durand a rappelé qu’en l’absence de CAPLP Lettres-Italien, les règles du mouvement dans notre académie ne permettant pas d’affecter de certifiés ou d’agrégés en LP, il existe un véritable problème de recrutement pour l’enseignement de l’italien en LP. Dans tous les cas, le problème de la continuité de l’étude d’une langue tout au long de la scolarité est un problème qui préoccupe l’Inspection, bien qu’ils estiment que la possibilité d’étudier une autre langue pour les élèves qui le souhaitent est une chance.

11) La dégradation des conditions d’accueil des assistants de langue

Chaque année des dizaines d’assistants arrivent dans notre académie et doivent se débrouiller pour trouver un logement, avec l’aide des enseignants de l’établissement. L’Inspection transmettra notre demande de réserver quelques places dans les cités universitaires et dans les internats des établissements qui en sont équipés, au moins pour les premières semaines.

12) La question du retard d’inspection en anglais

Grâce aux efforts des chargés de mission notamment, le retard qui existait a pu être comblé et le rythme moyen d’inspection est désormais de 5 ou 6 ans. Pour les professeurs accusant un retard important, un effort particulier a été fait au niveau de la notation afin de réduire les écarts avec les autres disciplines notamment. En italien également, Mme Durand a résorbé la quasi totalité du retard qui existait à son arrivée il y a trois ans.
A l’évocation de la réforme de l’évaluation des enseignants, les Inspecteurs ne nous ont pas fait part de leurs propres préoccupations, considérant qu’il ne s’agit encore que d’un projet.

Nous avons insisté sur le fait que nous sommes très attachés à l’évaluation pédagogique par les Inspecteurs et que nous contestons le rôle trop important accordé aux Chefs d’établissement à travers cette réforme.

Colette COMBET, Cathy FERRÉ et Emilie GENDRY pour le Secteur Langues Vivantes.