M.l’Inspecteur d’académie,

Soyez le bienvenu dans ce département, mais vous devez savoir déjà que votre tâche sera rude. Cette région faite de contrastes sociaux est malmenée par la crise économique, la dés-industrialisation massive, un taux de chômage très important, une pauvreté au delà des moyennes nationales et une politique gouvernementale qui ne fait qu’accentuer les choses.

La tâche sera difficile dans ce département où un tiers des écoles et établissements relève de l’éducation prioritaire.

Les décisions prises par le ministère de l’Education Nationale (suppressions de postes, réformes en cours, développement de la précarité, réforme des missions, redéfinition brutale des programmes) mettent notre service public d’éducation en grande difficulté, dans le 1er degré, la dotation permet tout juste d’avoir enfin intégré le club des 5.

Les milliers de suppressions de postes sur le plan national, les centaines dans notre académie et notre département fragilisent l’école publique. Le cumul des suppressions d’emplois depuis 2002 pose aujourd’hui de vrais problèmes de fonctionnement dans le second degré avec une baisse de l’offre de formation et d’énormes difficultés quant au remplacement.

En conséquence, cette situation économique et sociale, ces zones entières de paupérisation, ces déséquilibres sociaux et territoriaux appellent à la mise en place d’un PLAN D’URGENCE pour rattraper le retard que nous connaissons en terme de

- scolarisation des plus jeunes, les deux ans, notamment dans les familles socialement et culturellement défavorisées. Ce taux de scolarisation baisse considérablement alors qu’il faudrait inciter les familles issues des zones relevant de l’éducation prioritaire à confier leurs enfants à l’école publique, dès deux ans, pour garantir une bonne maîtrise du langage à l’entrée en CP. Les enfants de trois ans doivent tous trouver des places dans les écoles de leur secteur, avec un calendrier d’inscription plus uniforme.

- réussite aux différents examens du second degré (brevet des collèges, baccalauréats général, technologique et professionnel). Il existe plusieurs points d’écart entre les moyennes nationales et départementales

La précarité n’est ni une solution pour les personnels, ni une solution pour les élèves et leurs familles.

Précarité qui se développe chez les enseignants contractuels et aussi chez les personnels embauchés sous statut d’ AED, CAE et CAV. Le manque important d’AVS (plus de 300) et la tentation de recourir à des emplois de droit privé (CAE CAV) pour pallier à cette carence illustre bien ce qu’il ne faut pas faire.
L’état doit réinvestir dans la création massive de postes, la création de nouveaux cadres d’emplois correspondant à de nouveaux métiers.

Nous attirons votre attention Monsieur l’Inspecteur d’Académie sur la situation d’une école maternelle de Marseille, l’école Pommier qui condense les difficultés sociales évoquées et nécessite une reconnaissance institutionnelle au travers son classement en ZEP. Vous savez que l’absence de réponse et de concertation conduit les collègues à se résoudre au projet d’une grève pour se faire entendre dans l’Education Nationale si leur situation actuelle devait perdurer.

Nous désirons aussi que la question de la sectorisation des écoles primaires et maternelles de Marseille soit tranchée favorablement. Nous avons lu dans la presse votre souhait de poursuivre le travail de concertation entre les partenaires engagé par votre prédécesseur concernant la ville de Marseille et de l’inscrire dans la durée. En tout cas, la deuxième ville de France ne peut ignorer la loi et nous comptons vraiment sur un travail commun auquel nous serons associés pour arriver à une telle évolution.

Même si le calendrier n’est pas toujours facile à agencer, notamment lorsqu’on arrive dans un département et qu’il y a mille choses à faire, personnes à rencontrer, situations à découvrir Nous attirons votre attention aussi sur le fait que le CTPD d’aujourd’hui se déroule au même moment que l’élection, dans les écoles et établissements, des délégués parents d’élèves. Vous n’ignorez pas que les décisions donnent des signes, une hiérarchie des normes, et outre la difficulté dans laquelle se trouve du coup nos délégués directeur d’école pour siéger aujourd’hui, il faudrait veiller à l’avenir que des événements importants dans la vie des écoles et des familles ne télescopent nos réunions paritaires.

En ce qui concerne le second degré et les collèges en particulier, il faudra s’atteler à réduire les effectifs trop nombreux dans les classes, à développer nombre de formations demandées par les familles qui ne sont pas satisfaites fautes de moyens, à veiller à ce que l’accompagnement éducatif ne soit pas le cheval de Troie de la dérèglementation et de la dilution des programmes dans un ensemble d’animations socio-culturelles.
Les Vies scolaires sont en difficultés du fait de la diminution du recrutement de CPE du nombre insuffisant de surveillants.

La mise en place prochaine « d’Equipes Mobiles Académiques de Sécurité », « task force » du maintien de l’ordre dans les établissements, nous inquiète au plus haut point. Nous voyons là un glissement dangereux de l’éducatif vers le tout répressif. Il est encore temps de faire machine arrière et de conforter nos équipes éducatives. Un écrivain, homme politique célèbre écrivait au XIXe siècle « Ouvrir une école, c’est fermer une prison » et cette question reste d’une brûlante actualité quant nous voyons la réalité de l’univers carcéral et l’impuissance des politiques autoritaires.

Nous attirons aussi votre attention sur la question du service public d’orientation, celui-ci est en grande souffrance dans notre département comme sur le plan national, suite aux suppressions de postes dans ce domaine encore plus qu’ailleurs et aux projets de réforme qui sont mis à l’ordre du jour. Amalgamant, formation initiale et formation continue, formation initiale et insertion professionnelle, orientation et insertion professionnelle, orientation et information, orientation et procédures ou encore affectation, l’orientation a fait l’objet de nombreux rapports, ces dernières années.

Avec la loi sur l’orientation et la formation professionnelle (juillet 2009), le gouvernement passe à l’acte et propose d’étendre au public en formation initiale, les mesures prises pour les salariés et les demandeurs d’emploi ; ainsi des organismes privés ou associatifs s’occuperaient du décrochage, du suivi et de l’orientation des élèves en lieu et place du service public et des personnels qualifiés dont c’est la mission (cf : l’orientation active dans notre académie)

D’autres choix existent : plutôt que de privilégier la gestion des flux, renforcer le versant éducatif de la formation initiale. Or l’éducation doit être un investissement. Elle est de la responsabilité de l’Etat.

Le lycée fait aussi partie des préoccupations importantes du moment.
Le Président de la République vient de présenter un plan de réforme du lycée. Il prend acte des dysfonctionnements du lycée actuel sans pour autant reconnaître la responsabilité de sa politique éducative que ce soit sur l’enseignement des langues vivantes, l’orientation scolaire, les conditions de travail des collègues et d’études des élèves. Un lycée de la réussite pour tous passe nécessairement par une mobilisation de l’état dans ce domaine, l’arrêt des restrictions budgétaires, le respect du métier, un signal fort donné à la profession pour en finir avec l’échec scolaire et atteindre le taux de 80% d’une classe d’âge au baccalauréat.

En ce qui concerne l’enseignement de l’EPS, nous aimerions travailler avec vous et vos services pour sensibiliser certaines collectivités territoriales sur le manque et le mauvais état des installations sportives et le nécessaire investissement dans ce domaine.

Pour terminer, nous attirons aussi votre attention sur la tentation autoritaire qui peut se développer dans certains établissements, nous sommes profondément attachés aux règles du paritarisme, au respect des instances telle que ce CTPD, ses groupes de travail, ou les Conseils d’Administration, au respect des collègues et de leurs représentants.

La tâche est immense, nous espérons simplement que les efforts mutuels exercés de nos points de vue respectifs et différents nous permettent de nous retrouver ensemble pour la défense du service public d’éducation.