La réforme de l’orientation porte sur les structures avec la réforme des lycées, sur les missions des personnels, CO-Psy et enseignants, et sur les contenus avec l’introduction du livret de compétences et plus particulièrement celle du pilier 7 du socle commun, la compétence à s’orienter.

On passera rapidement sur la réforme des lycées dont on sait qu’elle a pour conséquences une diminution des places offertes notamment en LP, des heures d’enseignements disciplinaires et des besoins en enseignants. Qu’en est-il des missions des personnels, de la compétence à s’orienter ? Quels impacts sur le projet de formation de l’élève ?

Les missions des personnels, CO-Psy et enseignants :

. Le document de travail du MEN sur les missions des CO-Psy, communiqué aux organisations syndicales fin avril, en vue de redéfinir leurs missions, s’inscrit dans le cadre de la loi de novembre 2009 sur l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie. Un groupe de travail national sur la question est prévu à la mi-juin.

C’est un texte important, contraignant, prescriptif :

• Il confie au conseil pédagogique la responsabilité d’organiser la préparation à l’orientation dans les établissements scolaires en collaboration avec le service public de l’orientation tout au long de la vie.

• Il définit le travail attendu en orientation, soit l’acquisition d’une compétence à s’orienter qui n’est autre que le pilier 7 du socle commun (cf : BO du 7 janvier, circulaire de rentrée). Il en indique l’outil, le PDMF (parcours de découverte des métiers et des formations de la 5e à la terminale).

• Il fonde les discussions sur les missions des personnels, CO-Psy et enseignants.

C’est un texte délibérément radical à l’égard des CO-Psy et des CIO :

• les CO-Psy : le texte ne fait pratiquement pas référence au décret du 20 mars 1991 qui fonde leur statut avec le titre de psychologue, garantit la nomination dans un CIO et décline leurs missions (dont l’aide à l’adaptation, l’observation continue, la contribution à la réussite scolaire, le suivi) auprès de tous les élèves c’est à dire de leur public prioritaire. Il porte essentiellement sur les futures activités des CO-Psy : dans les établissements scolaires, leurs interventions sont réservées aux seuls élèves à besoin éducatifs particuliers (décrocheurs, en situation de handicap, nouvellement arrivés en France) ; dans le cadre du grand service de l’orientation tout au long de la vie, leur participation au service dématérialisé (téléphonie et internet) et à l’accueil de 2nd niveau pour un entretien approfondi est spécifiée. Les conclusions s’imposent : dénaturation du métier, changement profond des conditions de travail, dérive vers un public composé surtout d’adultes et de jeunes déscolarisés en situation d’insertion.

• Les CIO : quasiment absents du texte, on imagine qu’ils participent aux centres ressources, sorte de guichet unique local ; ceux-ci constitueraient, à terme, le grand service public de l’orientation. Les CIO sont des structures Education Nationale qui pour la moitié d’entre eux tiennent leur budget de fonctionnement du ministère et pour l’autre moitié, des conseils généraux ; dans un cas, les restrictions budgétaires sont drastiques, dans l’autre, un nombre impressionnant de CG se désengage. Ainsi, sans volonté politique affirmée de la part du ministère, les CIO risquent au mieux la dilution, au pire la disparition.

C’est un texte qui confie la mission orientation aux enseignants :
Si les CO-psy interviennent encore dans les établissements, c’est quasi-exclusivement à titre d’experts auprès des chefs d’établissement pour la mise en œuvre des dispositifs prévus dans le PDMF et dans la réforme des lycées (accompagnement personnalisé, tutorat).

Dans le texte, les enseignants sont pressés de s’engager…à appliquer ! Et le ministère détient d’ores et déjà les moyens de sa politique : c’est l’obligation d’évaluer les 7 piliers du socle commun à partir de l’année 2010-2011 ! Nécessairement, l’évaluation des élèves reviendra à évaluer l’activité des enseignants car ces derniers auront la charge de l’information et du conseil pour l’orientation de tous les élèves (à l’exception des décrocheurs, des handicapés et des élèves nouvellement arrivés en France). Le texte prévoit même la création d’un nouveau professeur référent qui s’ajouterait au professeur principal. L’élève aurait 2 enseignants (au lycée pas moins de 4 avec le professeur chargé de l’accompagnement personnalisé et le professeur référent) qui, sans formation ni aide d’une structure spécifique (les CIO), devraient savoir le conseiller dans la construction de son parcours de formation et d’insertion. La question du positionnement n’est même pas abordée.

Ce projet remet en cause le cœur de nos métiers. Il consacre l’abandon du travail en complémentarité qu’enseignants et CO-Psy mènent avec les autres membres de l’équipe éducative à destination de tous les élèves : suivi, analyse et prise en charge des difficultés scolaires, prévention du décrochage, aide à l’élaboration des projets. Il contribue à la disparition de l’apport de la psychologie au sein de l’Education Nationale. Il est à l’opposé de la conception de l’orientation que nous défendons.

PDMF et compétence à s’orienter

Le PDMF comporte plusieurs volets : un volet procédures (3e, 2nde, orientation active), un volet suivi personnalisé (entretiens, conseils d’orientation), un volet offres pédagogiques combinant découverte des métiers et des formations et développement personnel ; il comprend l’utilisation d’un outil de planning et de gestion personnelle, le passeport emploi-formation et son support le web-classeur ONISEP, et la multiplication des visites et des stages. C’est l’instrument essentiel de l’évaluation de la compétence à s’orienter, pilier 7 du socle commun intitulé « autonomie et esprit d’initiative ».
La capacité à s’orienter est présente dans tous les travaux des organismes internationaux qui popularisent les approches par compétences. Dans le projet DESECO (définition et sélection des compétences clés) de l’OCDE, c’est la compétence « esprit d’initiative et d’entreprise » qui y correspond le mieux. Trois dimensions sont constitutives de la capacité à s’orienter : « se familiariser avec la découverte des métiers, connaître les systèmes de formation, savoir s’auto-évaluer » .

Le passeport orientation/formation est l’outil d’évaluation du travail de l’élève. Il doit être tenu à jour. L’équipe pédagogique y a accès ainsi que les parents. Le PP peut s’en servir pour les entretiens. L’élève devra y consigner ses découvertes et réflexions personnelles selon les niveaux, y mentionner les activités qu’il réalise au titre de l’engagement civique, social, sportif ou associatif dans le cadre scolaire ou dans celui de la cité ou de la famille, y regrouper les diplômes, certifications, titres ou attestations acquises dans la cadre scolaire ou à l’extérieur.

Le dispositif n’est pas sans poser de multiples problèmes. On peut prendre comme exemples :

- la compétence à s’orienter et son évaluation. C’est une compétence dite « transversale » : elle ne peut ni être enseignée directement, ni être donc évaluée. Et comment à partir de situations pédagogiques, évaluer des catégories psychologiques (intérêt, volonté, implication) ou des qualités morales (curiosité, créativité, initiative) ?

- les conceptions implicites sur lesquelles repose le PDMF. Ainsi l’idée rationalisante qui voudrait que les élèves se donnent d’abord un but (un métier ou un secteur d’activité) et construisent ensuite le parcours de formation permettant d’y parvenir (moyens) ou qu’il leur suffirait de mettre en lien leurs points forts et faibles avec les exigences des formations et des professions pour déterminer leurs projet de formation ou professionnel, ne tient compte ni des caractéristiques du développement psychologique et social, ni des remaniements de la personnalité à l’adolescence.

- le contrôle et l’évaluation permanente (imbrication entre procédures d’orientation, entretiens et programme d’information) ainsi que l’absence de rupture entre vie privée et scolarité (prise en compte des activités hors cadre scolaire) nous renvoient au modèle du management moderne. Celui-ci établit un parallèle entre le gouvernement de l’entreprise et le gouvernement de soi à des fins d’amélioration de sa performance, de son employabilité et de sa rentabilité. L’entreprise n’attend-t-elle pas de son employé de l’autonomie, de l’initiative, de la motivation, de l’implication ?

- le travail de réflexion sur soi ne peut être de la compétence des enseignants. Ni le cadre du PDMF, ni leur positionnement ni leurs compétences ne le permettent.

Par essence, le PDMF peut rapidement devenir un instrument pour peser de façon insidieuse sur les intentions des élèves, sur leur niveau d’aspiration et sur leurs choix. Tel quel, il exclut de travailler réellement un projet de formation ou professionnel. Il va à l’encontre d’une ouverture des possibles. En outre il peut facilement servir à justifier une organisation pyramidale des formations ou encore à rendre l’élève responsable de son échec.

Conclusion

Avec la mise en place du PDMF, du passeport orientation/formation et avec l’acquisition d’une compétence à s’orienter tout au long de la vie évaluable, on nous présente comme une évidence le fait que l’orientation est un objet indépendant, susceptible de permettre à chaque élève de choisir une formation ou à chaque jeune qui quitte le système scolaire d’être capable de gérer sa carrière, de s’adapter au marché de l’emploi. « C’est désormais une orientation plus progressive, plus ouverte, mieux préparée, accompagnée et individualisée qui se met en place…Elle vise…l’acquisition d’une compétence nouvelle que chacun met en pratique aux phases de transitions scolaire, universitaire, professionnelle » (BO du 18 mars). C’est faire fi de tous les facteurs qui interviennent dans l’orientation des élèves ou dans l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi à commencer par les effets des politiques publiques. Il est évident que dans le contexte actuel de désengagement de l’Etat, les 28 à 30% d’élèves en difficulté au collège, faute de personnels qualifiés, d’une approche pluri-professionnelle de leurs difficultés et de leur prise en charge dans le cadre scolaire, seront progressivement accompagnés…à sortir, dès 16 ans, parfois avant, du système scolaire afin de préparer une certification ; et pourtant, on sait que le meilleur rempart contre le chômage est le diplôme !

Michèle Larroquette, CO-Psy