Un Ministre sarkozyste tente de façon précipitée de renouer au collège avec des filières de relégation sociale par le biais d’une expérimentation "ECLAIR" qu’il entend imposer à des établissements dont la communauté éducative rejette majoritairement le principe en CA (lorsqu’on lui permet de s’exprimer).

Faisant d’une pierre deux coups, ce même ministre entend briser le statut des personnels en subordonnant leurs missions, définies jusqu’alors par le cadre législatif et réglementaire national, au projet particulier de l’établissement. Recrutement, affectation, lettre de mission, service, évaluation : le chef d’établissement d’un établissement ECLAIR verrait ses prérogatives largement étendues.

Certains chefs d’établissements, concernés par le programme ECLAIR ou son élargissement, semblent contraints de renier les principes, les valeurs, les règles de déontologie qui font l’honneur de leur corporation. Face à des personnels qui s’informent, débattent, analysent les logiques éducatives sous-jacentes, décortiquent la circulaire ECLAIR, mettent en cohérence le projet politique, font de la prospective sur les conséquences pour leurs élèves, consultent les familles,... ils reprennent « les éléments de langage » dictés par l’administration, qui les a réunis récemment : « ne vous inquiétez pas, dans cet établissement, cela ne changera rien, nous en resterons aux projets que nous faisons déjà, seuls les nouveaux collègues seront concernés par les mesures de GRH, cela nous permettra de garder les moyens, si nous sortons, nous n’aurons plus les moyens AR ... »

Pourtant, les actes contredisent déjà le discours lénifiant qu’ils doivent répercuter : Pressions, intimidations, abus de pouvoir apparaissent dans les établissements CLAIR et RAR.

Ici, geste à la charge symbolique manifeste, le chef d’établissement subtilise une urne pleine pour empêcher le dépouillement d’un référendum sur l’entrée en ECLAIR, là il entend empêcher un représentant syndical académique de distribuer un tract dans les casiers, ailleurs il promet des promotions aux représentants syndicaux qui lèveraient le pied sur la contestation, ce qui est une méthode plus originale que celle plus courante : harcèlement et intimidations des militants syndicaux et pédagogiques. Tout semble bon pour les faire craquer : dénonciations calomnieuses auprès des autres collègues ou des parents, pressions sur la notation administrative, inspections commanditées, tentatives d’isolement, harcèlement moral ... On peut noter des contorsions sur la DGH pour tenter de supprimer le poste de militants syndicaux jugés gênants, des arguties pour dénier au Conseil d’administration son rôle d’organe de délibération sur le domaine pédagogique de l’établissement, ...

Le chantage est devenue l’arme favorite de quelques représentants de l’Etat : chantage au licenciement sur les personnels précaires, en particulier ceux de la vie scolaire, chantage aux moyens…

On peut même s’étonner d’entendre l’administration annoncer vendredi dernier que l’établissement "avait été classé ECLAIR à compter d’aujourd’hui" au lendemain d’une réunion de travail avec le Recteur au cours de laquelle celui-ci n’a pu qu’annoncer une liste des propositions qu’il ferait au Ministre : c’est bien le Ministre et lui seul qui classe, avec effet à la rentrée 2011 ... Pourquoi tant de précipitation ? Par peur de ce que pourrait produire le temps de la réflexion, du débat, de l’échange, de la démocratie ? Pourtant les syndicats de chefs d’établissement (SNUPDEN-FSU, SNPDEN…) ont rappelé leur attachement au respect de la démocratie interne sur la question des expérimentations ECLAIR.

Pour le SNES, le moment est venu de rappeler ces collègues à la raison, de les aider à résister à la pression de la tutelle, comme ne manqueront certainement pas de le faire leurs pairs et leurs syndicats représentatifs : comment pourrait-on admettre de tels comportement qui, s’ils perduraient, jetteraient l’opprobre sur toute une profession ? Mesdames et Messieurs les Chefs d’établissement, il est encore temps de renouer avec le sens de votre engagement dans la Fonction Publique ! C’est l’intérêt général, et pas tel ou tel intérêt particulier, qui doit guider nos actes.

Certains ouvrent le débat sur la fonction, les missions, le statut et l’existence même d’un chef d’établissement. Dans plusieurs pays européens, il n’existe pas de chef d’établissement qui soit un représentant de l’Etat : autonomie croissante des établissements aidant, ne serait-il pas plus logique d’avoir un Président de l’EPLE élu parmi les professeurs, élus par ses pairs pour cinq ans ? C’est par exemple le modèle existant dans le supérieur en France. Pourquoi ne pas y réfléchir pour les établissements scolaires ? Innovation lourde, certes, qu’il faudrait peut-être expérimenter ! Dans les CLAIR ?

Laurent TRAMONI,

Secrétaire Académique

SNES Aix-Marseille