M. le Recteur,

« Ouvrir une école, c’est fermer une prison » c’est par cette citation d’un écrivain et homme politique du 19e siècle que j’ouvrirai l’intervention de la FSU aujourd’hui. Elle reste d’une brûlante actualité au moment où le Président de la République parle de l’avenir de la jeunesse tout en s’acharnant à réduire la surface du système éducatif et à développer le tout répressif au détriment de l’éducation, de la prévention, de la formation du citoyen. L’avenir de la Jeunesse ce n’est pas une formation de qualité pour une élite, la précarité pour la masse des jeunes et l’univers carcéral pour les récalcitrants et les exclus !

Les décisions prises par le ministère de l’Education Nationale (suppressions de postes, réformes en cours, développement de la précarité, réforme des missions, redéfinition brutale des programmes) mettent notre service public d’éducation en grande difficulté.
Les 45000 suppressions de postes effectuées depuis 2003 sur le plan national, les centaines dans notre académie fragilisent l’école publique. Le cumul des suppressions d’emplois pose aujourd’hui de vrais problèmes de fonctionnement dans le second degré avec une baisse de l’offre de formation et d’énormes difficultés quant au remplacement (20% du potentiel de remplacement en moins en cette rentrée).

Alors que les effectifs élèves ont baissé de 4.5% depuis 2005, le nombre d’enseignants a chuté de 6.5% diminuant ainsi le taux d’encadrement, que les effectifs des personnels administratifs, de santé sont en diminution et ne suffisent pas à couvrir les besoins.

En conséquence, cette situation renforce par les déséquilibres sociaux et territoriaux de notre académie appelle à la mise en place d’un PLAN D’URGENCE pour rattraper le retard que nous connaissons en terme de

- scolarisation des plus jeunes, les deux ans, notamment dans les familles socialement et culturellement défavorisées. Ce taux de scolarisation baisse considérablement alors qu’il faudrait inciter les familles issues des zones relevant de l’éducation prioritaire à confier leurs enfants à l’école publique, dès deux ans, pour garantir une bonne maîtrise du langage à l’entrée en CP. Les enfants de trois ans doivent tous trouver des places dans les écoles de leur secteur, avec un calendrier d’inscription plus uniforme.

- réussite aux différents examens du second degré (brevet des collèges, baccalauréats général, technologique et professionnel). Même si les taux de réussite augmentent selon vos indicateurs, l’écart entre les résultats nationaux et académiques n’est toujours rattrapé !

La précarité n’est pas une solution ni pour les personnels, ni pour les services.

Cette précarité se développe chez les enseignants il y a autant de contractuels au 15 octobre qu’ au premier janvier 2009, c’est tout dire sur l’évolution de la courbe. Cette précarité est aussi massivement présente chez les personnels embauchés sous statut d’ AED, CAE et CAV. Le manque important d’AVS en est l’illustration.

Cette précarité se retrouve aussi dans les services administratifs du rectorat où le recours à des CDD de 10 mois fragilise le fonctionnement des équipes, gène par exemple la DIPE dans la gestion des opérations de rentrée.

Dans le premier degré, la dotation permet tout juste d’intégrer enfin le club des 5.

L’organisation et le fonctionnement des écoles ont été bouleversés, sans concertation, sans l’avis des enseignants, des parents, des chercheurs, des formateurs.

La suppression du samedi matin, si elle répondait à une réalité sociale et à une demande des familles, n’aurait pas dû se traduire par la diminution des heures d’enseignement.
Les nouveaux programmes, reposant sur un socle commun de fondamentaux, dont la nécessité est une évidence, écartent des enseignements pourtant indispensables à la construction de futurs citoyens responsables et capables d’auto-détermination.

Les maîtres, non spécialisés, chargés de classes ne peuvent répondre seuls à la grande difficulté et à l’échec. Les enfants qui y sont confrontés ont besoin d’une aide spécialisée. Cette situation justifie l’existence des RASED, confirmée par la circulaire qui porte la marque de la mobilisation des enseignants et des familles. L’indispensable ambition, contenue dans les programmes en vigueur jusqu’en 2008, de faire réussir tous les élèves nécessite le renforcement de ces réseaux. Les suppressions de postes spécialisés tournent ainsi le dos à la réussite de tous.

La remise en cause de la maternelle par le projet de jardins d’éveil prive notre système éducatif d’un de ses piliers, celui qui assure la solidité des fondations du parcours scolaire de chaque élève et particulièrement des plus défavorisés socialement.


En ce qui concerne le second degré
et les collèges en particulier, la loi d’orientation de 2005 ne résout en rien les difficultés, elle ne règle pas la question de l’échec scolaire, elle organise la baisse de l’offre de formation. L’accompagnement éducatif situé à la périphérie du temps scolaire est un saupoudrage de moyens introduisant de la déréglementation dans nos statuts.

Le lycée fait aussi partie des préoccupations importantes du moment.

Le Président de la République vient de présenter un plan de réforme du lycée. Il prend acte des dysfonctionnements du lycée actuel sans pour autant reconnaître la responsabilité de sa politique éducative que ce soit sur l’enseignement des langues vivantes, l’orientation scolaire, les conditions de travail des collègues et d’études des élèves. Un lycée de la réussite pour tous passe nécessairement par une mobilisation de l’état dans ce domaine, l’arrêt des restrictions budgétaires, le respect du métier, un signal fort donné à la profession pour en finir avec l’échec scolaire et atteindre le taux de 80% d’une classe d’âge au baccalauréat et non pas l’instauration d’un cylindrage des formations qui ne concernerait qu’un jeune sur deux dans notre pays.

Nous avons pu constaté en cette rentrée des difficultés quant à l’orientation des élèves en Lycées professionnels, n’est ce pas l’effet repoussant de la réforme du Baccalauréat professionnel et son passage à trois ans de formation, avec la disparition du niveau BEP n’y a-t-il pas un manque de places en CAP ?

Les Vies scolaires sont en difficulté du fait de la diminution du recrutement de CPE, du nombre insuffisant de surveillants. La mise en place prochaine « d’Equipes Mobiles Académiques de Sécurité », « task force » du maintien de l’ordre dans les établissements, nous inquiète au plus haut point. Nous voyons là un glissement dangereux de l’éducatif vers le tout répressif.

Nous attirons aussi votre attention sur la question du service public d’orientation,
celui-ci est en grande souffrance dans notre académie comme sur le plan national, suite aux saignées effectuées dans ce domaine encore plus qu’ailleurs et aux projets de réforme qui sont à l’ordre du jour. Avec la loi sur l’orientation et la formation professionnelle de juillet 2009 et le rapport Hirsch, le gouvernement passe à l’acte et propose d’étendre au public en formation initiale, les mesures prises pour les salariés et les demandeurs d’emploi ; ainsi des organismes privés ou associatifs s’occuperaient du décrochage, du suivi et de l’orientation des élèves en lieu et place du service public et des personnels qualifiés dont c’est la mission.

La FSU, ses syndicats, dans l’unité avec les autres organisations saura, M le Recteur mobiliser de nouveau les personnels pour développer le service public d’éducation, contre la politique de suppression de postes. pour la revalorisation de nos métiers.

Elle en appellera à l’opinion pour défendre le patrimoine commun de la Nation que représente l’Education Publique.