Le dispositif expérimental CLAIR fait l’unanimité contre lui. Annoncé en fin d’année scolaire, imposé pendant l’été à 13 établissements de l’académie, mis en œuvre de façon laborieuse depuis, le voilà pourtant en cours de généralisation : tout établissement Ambition Réussite aurait « vocation » à être CLAIR à la rentrée 2011. Disons-le tout net : ce serait un casus belli. La question des CLAIR est avec celles de la formation des maîtres, de la réforme des lycées, des STI, de la précarité, au cœur de l’appel à la grève du jeudi 10 février.

Trois raisons à cela :

- Premièrement, nous estimons que le dispositif CLAIR est une expérimentation du retour de filières ségrégatives au collège, soit un grand bond en arrière de 40 ans. Le collège unique est à la peine, pourquoi ne pas essayer le collège de la relégation sociale ! Car ce qui différencie radicalement CLAIR des dispositifs précédents d’éducation prioritaire, c’est sa logique même : jusqu’à présent, l’éducation prioritaire a fonctionné sur le mode de la discrimination positive : donner plus à ceux qui ont moins pour leur permettre d’atteindre les objectifs assignés à tous les élèves d’une génération. La rupture (sarkozyste) dans les CLAIR consiste à donner moins à ceux qui ont moins, puisque les CLAIR dérogeront aux règles et objectifs communs, y compris dans le domaine pédagogique.

- Deuxièmement, les postes des établissements CLAIR ne peuvent être soustraits au mouvement au prétexte de favoriser l’adéquation du candidat au projet d’établissement. Les projets de fiches de poste montrent bien que, dans ces établissements comme ailleurs, les élèves ont d’abord besoin de … professeurs ! L’enjeu est bien de généraliser le choix par les chefs d’établissement, qui, comme tout manager du privé, maîtriseraient alors le recrutement, l’affectation, l’attribution de primes au mérite (IFIC), et l’évaluation des personnels. Nous refusons ce cadre de fonctionnement, et nous défendrons notre liberté pédagogique, notre évaluation pédagogique par un IPR de la discipline, et le principe d’égalité devant la carrière pour un même métier.

- Troisièmement  : on ne peut transiger avec l’expression de la communauté éducative. Dans le domaine d’autonomie pédagogique de l’établissement, le chef d’établissement n’est que l’exécutif du Conseil d’Administration. Celui-ci doit délibérer pour autoriser, ou non, une expérimentation qui déroge aux règles communes (article 34 de la Loi d’Orientation Fillon de 2005). Là où ils sont consultés, les Conseils d’Administration refusent le dispositif CLAIR et chacune des initiatives afférentes. Les chefs d’établissement doivent respecter ces votes, même si cela les place en porte-à-faux par rapport à la lettre de mission (secrète) qu’ils ont reçu de leur tutelle. Même si cela complique l’obtention de la prime de résultats, pouvant aller jusqu’à 6000 euros, que le Ministère leur alloue dorénavant. Mais, l’intérêt général ne le vaudrait-il pas ?

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