16 octobre 2010

Carrières

Professeurs de STI : trouvez le temps de vous former, dit l’Institution !

Si elle a permis d’obtenir des informations sur les intentions de l’administration, cette audience ne saurait satisfaire les représentants des personnels que nous sommes. En particulier on peut pointer plusieurs points de désaccords majeurs :

- la perspective, aussi lointaine soit-elle, d’une seule discipline « technologie » au mépris des qualifications et de manière générale toute fusion des spécialités entre elles et ce d’autant que la réforme ne l’exige en rien ;

- la formation en dehors du temps de service en surplus de la charge de travail déjà excessive des collègues ;

- l’individualisation de la formation au détriment de l’investissement collectif, et en écho à l’individualisation des carrières et des rémunérations que nous récusons ;

- la perte de toute garantie pour les conditions de travail des collègues et d’études des élèves, au risque de voir se tarir la série ;

- l’application à la rentrée 2011 de la réforme en Première se fait au pas de charge et empêche la mise au point d’un plan efficient de formation et de remplacement des enseignants notamment pour ceux des séries à faible flux (matériaux souples, génie civil, génie énergétique...).

Le SNES avec les collègues continue de demander une réforme de la série STI, mais celle-là n’est pas une réforme, c’est la mise en extinction programmée d’une série dont on sait qu’elle a été un puissant moteur de la démocratisation, qu’elle a amené à la réussite des milliers de jeunes.

La démocratisation de l’accès aux savoirs et aux qualification doit regagner du terrain, le ministère doit renoncer à cette réforme délétère !

Présents :
Les quatre IPR de STI
Délégation du SNES composée de quatre enseignants de STI (Diderot, Perrin, Rempart, Artaud) et Caroline Chevé Secrétaire académique adjointe.

Dans le contexte de la mise en place de la réforme de la série STI (qui devient STI2D), et donc de sa préparation pour la rentrée 2011, les professeurs de STI ont récemment reçu un courrier et une grille de positionnement destinée à mesurer leurs besoins en formation. La teneur et la forme du courrier ayant suscité une vive inquiétude, s’ajoutant au rejet massif de la réforme et à la colère sur ses conséquences sur le métier et sur les élèves, le SNES avait sollicité cette audience auprès de l’Inspection Pédagogique Régionale afin qu’elle entende la parole des enseignants dans un autre cadre que celui des interventions de la hiérarchie dans les établissements.

1) Etat des lieux de l’emploi en STI dans l’académie

L’Inspection évalue la situation de la façon suivante :
Environ 800 profs de STI dans l’académie, dont 750 dans le public, 55 TZR dont 5 environ disponibles pour des suppléances. 2 contractuels.
Départs en retraite prévisibles dans les 2 à 3 ans à venir : 60 environ
Suppressions de postes consécutives à la réforme : 30 environ non pas par an mais pour toute la réforme, ce nombre dépendant selon l’Inspection des flux d’élèves, des choix exercés par les chefs d’établissement dans le cadre de l’autonomie, notamment pour les dédoublements, de l’implication des profs de STI dans l’accompagnement personnalisé.
Ce nombre nous semble très bas, sans doute est-il fait selon des prévisions optimistes, notamment en terme de flux d’élèves. S’il s’avérait, il faudrait craindre moins les suppressions de postes que les mesures de carte scolaire et le recrutement de personnels précaires, les CAPET restant fermés. Pour le SNES il est prévisible que les suppressions horaires s’ajoutant à la baisse attendue voire au tarissement des flux d’élèves, la réforme provoque un nombre important de suppressions de postes.

2)Quel avenir pour la spécialité des collègues ?

Besoins en formation provoqués par :

- le 2D, soit la dimension développement durable de la série STI2D

- la création des enseignements technologiques transversaux

- l’évolution des programmes dans les enseignements de spécialité.

Remarque préalable de l’Inspection : les IPR espèrent qu’en cas de dédoublement prévu pour les TD les enseignements transversaux pourront se faire en coanimation à deux profs pour une classe.

L’Inspection use volontiers du terme de « valence » à la place de celui de spécialité. Le SNES fait part de son étonnement et demande des précisions, la question du maintien des enseignants dans leur spécialité de recrutement étant fondamentale. Le SNES informe l’Inspection de l’attachement des collègues à leur spécialité et de la nécessité de la conserver entre autres pour que les collègues puissent postuler en BTS qui demeurent spécialisés.
L’Inspection en convient mais maintien le terme de valence. Elle propose que l’on distingue la discipline d’exercice qui pourrait changer et la discipline de recrutement qui serait maintenue.
S’ensuit un échange où il apparaît qu’à terme les professeurs de STI et les professeurs de Technologie pourraient relever d’une même discipline, ce qui n’émeut en rien l’Inspection, au contraire. Le SNES rappelle que c’est à l’opposé de la volonté des enseignants de STI. Nous affirmons notre ferme opposition à une telle évolution.

3) Dispositif de formation

L’Inspection évalue à 250 le nombre de collègues susceptibles de bénéficier de la formation dans les trois ans (= nombre de collègues susceptibles d’intervenir en Première et Terminale).
La formation des autres collègues pourra se faire par le PAF plus tard.


Trois cas de figure :

formation légère : 12 jours

formation standard : 30 jours

formation lourde : 60 jours

Ces journées peuvent se répartir différemment sur trois ans.
L’Inspection affirme que le besoin de formation sera évalué à partir des déclarations individuelles des collègues. L’objectif est d’individualiser la formation afin de répondre aux besoins réels des collègues. La proportion de chacun des volumes de formation ni les critères in fine d’attribution de telle ou telle formation à tel ou tel collègue n’ont pas été suffisamment clarifiés aux yeux des membres de la délégation.
L’Inspection reconnaît que même l’option lourde n’est pas suffisante pour certains collègues qui changent de spécialité comme par exemple certains enseignants de génie civil. Si certains collègues ont besoin d’un volume plus important de formation, ils pourraient obtenir une formation complémentaire.
Le SNES prend acte avec satisfaction de la volonté de former aussi dans l’enseignement de spécialité et non pas seulement dans les enseignements transversaux.
En revanche le SNES dénonce la rhétorique de l’individualisation que l’on retrouve pour les stagiaires et qui masque le manque de moyens mis par l’institution pour former les enseignants.
Le SNES répond qu’une formation commune à tous, avec des ajustements marginaux si nécessaire répondrait davantage aux besoins des collègues, d’une part parce que certains enseignements complètement nouveaux nécessitent une formation pour tous, en particulier le développement durable, d’autre part parce qu’elle permettrait des échanges entre collègues de niveaux différents, propices à l’élaboration d’une réflexion didactique collective. Une telle formation serait dans l’intérêt commun et permettrait seule la construction d’une dynamique collective.
Le SNES conteste aussi la sélection de 250 collègues considérant que la formation devrait quasiment les concerner tous. En tout état de cause ce nombre n’est pas apparu particulièrement justifié aux yeux des membres de la délégation.
Le SNES propose qu’a minima certaines journées de formation réunissent l’ensemble des collègues en formation sur chaque site.


Calendrier :

11.10.10 : réunion de conception des parcours de formation.

22/23. 11. 10 : réunion de présentation des parcours de formation.

03.01.11 : début de la formation pour les enseignements transversaux

04.04. 11 : formation dans les enseignements de spécialité

Sites de formation :

Manosque, Salon, Martigues, Marseille (Jean Perrin)

Au total 2900 journées de stage par an sur 3 ans pour 250 profs. Ce volume est acté par le Recteur.
Le calcul de ce nombre n’est pas apparu suffisamment étayé par les réponses de l’Inspection.

Le SNES demande qu’un volume de 300 heures de formation soit accordé à tous.

4)Sur quel temps ?

Seuls les formateurs (environ 20 personnes) bénéficieront d’une décharge partielle de service. A aucun moment l’Inspection ni l’Administration n’envisagent d’inclure la formation dans le temps de service.
Malgré notre lecture du décret 2007-1470 « relatif à la formation professionnelle tout au long de la vie des fonctionnaires de l’Etat » qui précise en substance que la formation professionnelle consécutive à l’adaptation au poste de travail ou à l’évolution prévisible des métiers doit se faire sur le temps de service, et que la formation hors temps de travail ne peut se faire qu’avec l’accord de l’intéressé et dans la limite de 50 heures par ans ; l’Inspection nous explique que la formation se fera sans décharger les collègues. Les journées de formation seront fixées un jour de la semaine et le collègue s’y rendra soit sur son temps de préparation de cours s’il n’a pas ses classes ce jour-là, soit en laissant ses classes.
L’Inspection semble se satisfaire de ce que la formation ne se fera pas sur les congés. A notre remarque que la formation viendra donc en plus de la charge de travail déjà bien lourde elle répond par une interprétation de la notion de service qui récuse la définition hebdomadaire de notre service en heures devant élèves.

Les remplacements seraient donc assurés principalement en interne. L’Inspection semble avoir des garanties que les heures pourront être payées dans les établissements.
Bref, en 2011, certains collègues prépareront des cours et assureront des enseignements selon de nouveaux programmes et de nouvelles pratiques pédagogiques, tout en participant aux journées de formation ou en remplaçant leurs collègues à l’interne ou encore en rattrapant leurs propres
cours !

5) Equipements

Un nouveau guide d’équipement est consultable sur le site Eduscol. L’Association des Régions de France a été informée des besoins chiffrés en amont. Un plan d’investissement sur 3 ans serait acté par la Région. La rénovation des laboratoires d’étude des systèmes correspond à 80000 euros sur trois ans.
Le SNES interroge l’Inspection sur les implications de la réforme sur la pédagogie de l’induction qui va du réel aux savoirs, en partant de systèmes réels avec lesquels les élèves sont en contact. L’Inspection répond que cette spécificité des STI reste d’actualité mais elle n’exclut pas l’intervention de systèmes virtuels qui seraient destinés à compléter le travail sur les systèmes réels.
En revanche la présence de systèmes liés à l’Industrie (Ex : chaîne de montage) est abandonnée au profit de systèmes « grand public » (Ex : console de jeu électronique)

Le SNES interroge l’Inspection sur les implications du terme de « laboratoire » qui remplace celui d’ « atelier ». L’Inspection convient que le terme de laboratoire modifiera radicalement le regard de l’Inspection du travail, en particulier la disparition de la notion d’atelier élimine le seuil de 12 à 15 élèves en TP actuellement en vigueur.
Le SNES dénonce la suppression de cette garantie qui disparaît comme de nombreuses autres avec cette réforme, notamment les dédoublements.

Si elle a permis d’obtenir des informations sur les intentions de l’administration, cette audience ne saurait satisfaire les représentants des personnels que nous sommes. En particulier on peut pointer plusieurs points de désaccords majeurs :

- la perspective, aussi lointaine soit-elle, d’une seule discipline « technologie » au mépris des qualifications et de manière générale toute fusion des spécialités entre elles et ce d’autant que la réforme ne l’exige en rien ;

- la formation en dehors du temps de service en surplus de la charge de travail déjà excessive des collègues ;

- l’individualisation de la formation au détriment de l’investissement collectif, et en écho à l’individualisation des carrières et des rémunérations que nous récusons ;

- la perte de toute garantie pour les conditions de travail des collègues et d’études des élèves, au risque de voir se tarir la série ;

- l’application à la rentrée 2011 de la réforme en Première se fait au pas de charge et empêche la mise au point d’un plan efficient de formation et de remplacement des enseignants notamment pour ceux des séries à faible flux (matériaux souples, génie civil, génie énergétique...).

Le SNES avec les collègues continue de demander une réforme de la série STI, mais celle-là n’est pas une réforme, c’est la mise en extinction programmée d’une série dont on sait qu’elle a été un puissant moteur de la démocratisation, qu’elle a amené à la réussite des milliers de jeunes.
La démocratisation de l’accès aux savoirs et aux qualification doit regagner du terrain, le ministère doit renoncer à cette réforme délétère !