« Le système éducatif en questions »

Quelle autonomie, pour quelle école ?

Conférence-débat

Organisée par

Le CRDP de l’académie d’Aix- Marseille

et l’association Education & Devenir

Mercredi 30 mai 2012

14h00 – 17h

CDDP Vaucluse

Salle B001

Avignon

{}

13h30 accueil

14h Présentation de la manifestation par Jacques Papadopoulos, Directeur du CRDP, et Sylvain Ladent, Principal du collège Roquecoquille à Chateaurenard, Responsable académique E&D

14h10 Conférence d’Alain Bouvier, membre du Haut Conseil de l’Education
« Les gouvernances des systèmes éducatifs »

14h 50 Intervention de José Fouque, Proviseur des lycées Vauvenargues, membre du Bureau E&D « Les marges d’initiative pour faire vivre l’autonomie des établissements »

15h 30 Débat

15h45 Pause

16 h Table ronde : L’autonomie en pratique,
Animée par Cyrille Seguin, Principal du collège Mistral – Arles,
et Cathy Marret, principale –adjointe du collège Lou Vignarès- Vedène

- Paul Robert, Principal du collège Lou Redounet - Uzès

- Cécile Vignes, Secrétaire académique de la PEEP

- Imara Saïd, Coordonnateur ECLAIR, Préfet des études, Collège Belle de Mai – Marseille

- Laurent Tramoni, secrétaire académique SNES

- Yves Rollin, Proviseur du lycée Périer- Marseille

16h45 Conclusion par Marie-Claude Cortial, Présidente E&D

Colloque Education et Devenir, Avignon, 30 mai 2012

Quelle autonomie, pour quelle école ?

Intervention du SNES Aix-Marseille

La question première est selon nous « Quelle école ? Pour quelle société ? ». En cela, nous voulons en premier lieu souligner que l’école est une Institution de la République, ce qui implique de faire primer le commun sur le particulier. L’éducation est ainsi une aventure collective, un processus partagé par chaque génération nouvelle. Il nous semble utile d’insister sur cette dimension aujourd’hui que nous traversons une crise majeure : le défi premier consiste à atteindre une élévation générale des qualifications afin de doter le pays des atouts dont il a besoin pour sortir par le haut de la crise économique. Investir dans la formation, la recherche, l’innovation, les qualifications, est une nécessité économique. La crise n’est-elle pas également crise morale, crise démocratique ? …

Ce défi implique un cadre national affirmé quant au recrutement, à la gestion et à la formation des enseignants, aux programmes, aux horaires, aux examens et aux certifications. Ce préalable étant posé, on peut de façon subsidiaire évoquer la question de l’autonomie. Pour d’abord remarquer que la première d’entre elle est bien celle du professeur dans sa relation aux élèves et aux objets d’étude. La liberté pédagogique est le principal levier pour prendre en compte les besoins particuliers. Il s’ensuit qu’il devient urgent d’inventer, de façon concertée, un mode de fonctionnement démocratique de nos établissements, qui rende aux équipes pédagogiques le pouvoir d’agir, en promouvant la concertation et la controverse professionnelle entre pairs, en dotant chacun des outils lui permettant d’avoir une attitude réflexive sur ses pratiques et sur le fonctionnement de l’équipe, en abondant les dotations nationales au moyen d’un volant horaire supplémentaire laissé à l’initiative des équipes pédagogiques.

Force est de constater que les évolutions récentes en terme de pilotage du système éducatif n’ont pas pris cette direction. Le Conseil Pédagogique est disqualifié auprès des acteurs du fait des prérogatives qu’on entend lui faire jouer dans l’évaluation des activités scolaires et du rôle dévolu au chef d’établissement. La redéfinition des attributions des CA s’est traduite par un dessaisissement des représentants de la communauté éducative au profit du seul chef d’établissement.

Bien plus, la conversion de notre haute fonction publique au New Public Management induit des fractures entre les personnels qui nuisent au bon fonctionnement du service : négation de l’apport spécifique des professionnels et des métiers au profit d’une survalorisation du rôle des seuls gestionnaires, mise en concurrence des personnels entre eux, enfermement des problématiques professionnelles dans le cadre étroit et sclérosant du seul établissement, instrumentalisation des résultats scolaires des élèves pour en extrapoler une performance des services et imposer des bonnes pratiques élaborées loin des acteurs censés les mettre en œuvre. On constate en fait que plus on parle d’autonomie, plus les instruments de pouvoir sont reconcentrés.

Une première étape vers une autonomie démocratique, de progrès, doit consister à réinstaller le « domaine d’autonomie pédagogique » de l’établissement (article 2 du décret de 1985) au cœur des échanges entre les différents membres de la communauté éducative, entre leurs représentants élus au Conseil d‘Administration, de rendre à l’équipe pédagogique la responsabilité d’élaborer le projet d’établissement. Cela suppose a minima de clarifier le rôle du chef d’établissement en revenant à la notion d’exécutif de l’instance délibérative qu’est le CA dans le domaine de l’autonomie pédagogique.

Une seconde étape peut consister à abonder les moyens dévolus à l’établissement pour permettre aux équipes d’élaborer et mettre en oeuvre, en complément des dispositifs nationaux, des projets locaux.

La réflexion sur l’autonomie ne redeviendra fructueuse qu’à la condition d’être réinscrite dans la visée de démocratisation du fonctionnement de l’Etat.