Faut-il encore le préciser ? Le ministère a conçu une réforme sans autre finalité que d’habiller d’alibis pédagogiques les milliers de suppressions de postes programmées dans les années à venir. Une politique budgétaire sous-tendue par un projet éducatif à l’inverse de celui que nous portons : le lycée n’aurait dorénavant vocation qu’à préparer les 50% d’une classe d’âge susceptibles d’arriver à la licence. Les autres ? Ils auront vite fait de se noyer dans ce nouveau lycée qui n’est pas pensé pour eux.

Chaque dispositif est l’occasion de le vérifier : l’accompagnement personnalisé, les enseignements d’exploration, mesures phares de la réforme, non seulement permettront des économies substantielles de postes, mais ils renoncent en outre à tout ce qui peut aider les élèves les plus en difficultés.

Les enseignements d’exploration

Présenté comme la solution à l’orientation par défaut, le choix de deux enseignements devait aussi renforcer la motivation des élèves. Pourtant plusieurs établissements ont inscrit des élèves dans des enseignements qu’ils n’avaient pas choisis. La pression sur les inscriptions, l’importance des effectifs de Seconde, dont la plupart sont pleines, a même conduit des établissements à imposer leur choix aux élèves. Certains établissements ont ouvert de nouveaux enseignements d’exploration, en sachant à l’avance que la série correspondante ne serait pas créée l’an prochain. On peut par avance s’inquiéter du chassé-croisé d’élèves que cela peut provoquer, à moins que ces 1H30 hebdomadaires n’aient pas correspondu à un véritable intérêt des élèves. Quant aux disciplines des STI, elles paient dès cette année le plus lourd tribut. Combinée à la diminution brutale de l’horaire disciplinaire, la baisse des effectifs dans certains établissements a multiplié le nombre de collègues en sous-service, invités à se reconvertir, à accepter d’autres tâches, ou à partir en complément de service.

L’accompagnement personnalisé

Comment faire passer un levier puissant de suppressions de postes pour de l’attention aux plus fragiles ? En appelant « accompagnement personnalisé » des heures au contenu indéterminé, financées en supprimant des heures de cours où tous les personnels peuvent intervenir.

Cette mesure n’est pas financée, et elle ne répond en rien aux besoins des élèves. Les établissements sont contraints de bricoler : ici des AED, là des infirmières, des CPE, un retraité, un prof en sous-service viennent compléter les équipes qui sont invitées à définir a posteriori, en fonction de ces contraintes, le contenu de l’accompagnement. Mais ne nous y trompons pas : l’inventivité des équipes, leur souci de la réussite des élèves ne cacheront pas longtemps les effets délétères de cette réforme sur les élèves. L’autonomie de l’établissement et des équipes n’est que le gant de velours de la main qui supprime les postes.

Pour nous qui portons l’ambition d’un lycée qui s’attache à faire accéder le plus grand nombre aux savoirs et aux qualifications, cette réforme va contre l’intérêt général, et sa déclinaison en Première et en Terminale doit être battue en brèche par la mobilisation des personnels, des usagers et de l’opinion.