16 janvier 2009

L’actualité syndicale

« Renforcement de l’apprentissage de l’anglais oral au lycée »

A la demande du Recteur ( datée du 14 janvier 2009), et avant que la circulaire du directeur Général de l’enseignement scolaire soit publiée et en fasse obligation aux chefs d’établissements, les stages d’anglais oral devraient être mis en place pendant les vacances d’hiver, de printemps et d’été pendant une semaine à raison de 3 heures par jour rémunérées en HSE. Les groupes seront constitués de 10 à 15 élèves regroupés par niveau de compétence, selon le CECR. Le prof référent (ou coordinateur) sera lui aussi rémunéré en HSE pour la mise en place du dispositif, la constitution des groupes et enfin l’évaluation de l’opération.

Cette mesure pensée par Mr Darcos et ses inspirateurs vise surtout son effet d’annonce auprès du public, parents et élèves mais cette demande soulève de graves problèmes.

Les établissements n’ont ni les moyens en personnel Atos et d’encadrement (agents d’accueil, nettoyage de salles etc…), ni les moyens matériels (surcoût de chauffage, d’électricité du à l’ouverture pendant des vacances) pour accueillir ces stages. Ce dispositif engage une fois de plus, une fois de trop, la responsabilité des chefs d’établissement.

Sur le fond, de qui se moque-t-on ? On surcharge les classes, notamment celles de 2de presque toutes à 35 et on voudrait que les élèves s’expriment tous parfaitement bien à l’oral !! On a réduit au cours des années les cours de langues d’un tiers de leurs horaires, en passant dans certaines filières à seulement 2h semaine alors que le seuil minimum d’efficacité a été établi à 3 !! On voudrait donc remédier au mal qu’on a causé en mettant des pansements sur des jambes de bois pendant les vacances !! On profite aussi de l’occasion pour imposer l’organisation de groupes de compétences là où les collègues refusent de le faire. On cherche à imposer un modèle où les micro-compétences prennent le pas sur des savoirs et savoir-faire coordonnés.
De plus, il y a du cynisme à vouloir payer en HSE (les heures sup les moins chères) des personnels dont le pouvoir d’achat s’est tellement dégradé, avec le refus de la revalorisation et la crise, que la tentation sera grande d’accepter. Le texte du Recteur prévoit aussi de faire appel à des vacataires (assistants de langue, locuteurs natifs) dont les compétences pédagogiques ne sont pas prouvées. Du cynisme effectivement à faire appel à des précaires et ainsi à concourir à la précarisation de l’ensemble des enseignants de langues, voire à l’externalisation de leurs enseignements. Du cynisme enfin à faire croire qu’on peut gagner plus en travaillant plus, alors que le gouvernement fait des cadeaux royaux aux banques sans contrepartie, alors même que le travail des banques a consisté à plonger le pays dans la récession et celui du gouvernement à mettre les salariés à l’amende.
Du cynisme en effet à vouloir rallonger le temps de travail en rognant encore sur des vacances bien méritées par des collègues qui s’épuisent en peu d’heures à faire progresser à l’oral comme à l’écrit des groupes surchargés. Du cynisme à s’attaquer au statut et au décret de 50 qui régit la semaine de travail en laissant croire que ce sera toujours basé sur le volontariat. En annualisant le temps de travail, en le » modulant » comme le prévoit la réforme du lycée, l’enseignant aura-il toujours le choix de dire non ? Du cynisme enfin à vouloir tronquer les vacances bien méritées des élèves qui ont travaillé dans de mauvaises conditions et qui se verraient punis en revenant au lycée pendant les congés. Ce dispositif s’adresse-t-il à ceux qui ne partent jamais en vacances parce que leurs familles n’en n’ont pas les moyens ?
Que cherche-t-on à renforcer sinon la flexibilité et la précarisation des personnels, la démagogie qui consisterait à faire croire aux familles que c’est la bonne solution, qu’on s’occupe des élèves en difficulté et qu’il n’y a donc pas lieu de manifester contre une réforme qui leur veut du bien !

Le Snes encourage donc les collègues à refuser la mise en place de ce dispositif et à refuser tout volontariat dans ce sens.

Pour le collectif Langues vivantes du S3 d’Aix-Marseille

Muriel Barrieu