Contre l’avis de l’immense majorité de la profession, malgré les mobilisations de cette année et les derniers camouflets essuyés par le Ministre au dernier CSE la réforme de la Seconde entre en vigueur à la rentrée, et avec elle les nouveaux programmes faits en toute hâte, au mépris de la réflexion et de la concertation.

Nous l’avons maintes fois écrit, mais rappelons-le :

Cette réforme n’a pas d’objectif pédagogique autre que de façade, et sa finalité est double, la réduction des emplois publics d’une part (voir sur ce point les fiches du ministère parues la semaine dernière), et la redéfinition des missions du lycée au profit des 50% d’une génération susceptibles d’atteindre la Licence.

Ses principales innovations se font au détriment des heures d’enseignement, notamment pour l’AP qui n’a de personnalisé que l’affiche. L’autonomie de l’établissement est le masque d’une dérèglementation qui renvoie au local la gestion de la pénurie, réduit l’offre de formation et renforce la concurrence entre les établissements tout en contournant la démocratie dans l’établissement par le biais du conseil pédagogique.

Le premier constat que nous faisons est par conséquent celui de l’extrême variété de ce qui est mis en place, notamment concernant l’Accompagnement personnalisé et qui rend difficile l’élaboration d’une vision d’ensemble.

Écrivez nous pour faire remonter le maximum d’informations sur la traduction concrète de la réforme.

Certains chefs d’établissement prétendent agir dans leur coin ou entourés d’une garde rapprochée, nommée ou non Conseil pédagogique. C’est inacceptable : il faut faire fonctionner la démocratie dans l’établissement : ces choix nous concernent tous. Il faut profiter de la dernière semaine avant le départ des Terminales, on peut encore déposer une HIS ou organiser une AG, profiter des conseils d’enseignements, des éventuelles journées banalisées pour réunir les collègues, les informer, débattre et porter auprès des chefs d’établissement les propositions de la salle des profs.

La mise en place de la réforme s’accompagne de nombreux documents complémentaires qui montrent bien à quel point l’autonomie de l’établissement est avant tout l’outil de la suppression des moyens. Livrets de compétences, carnets de bord, fiches de suivi etc constituent tout un attirail bureaucratique destiné à masquer l’impossibilité de le prise en charge réelle de la difficulté des élèves dans le cours.

La complexité des dispositifs à géométrie variable, et par contrecoup des emplois du temps des élèves fait de cette réforme une usine à gaz qui s’adresse à des élèves fictifs et augmentera inévitablement la difficulté pour les plus fragiles socialement et scolairement d’intégrer le cadre scolaire et de s’y retrouver, augmentant par là-même les causes de l’absentéisme et du décrochage.

Dès maintenant, à la rentrée, il faut reprendre la main.

Accompagnement personnalisé

L’AP se met en place de manières très variées d’un établissement à l’autre. Le Rectorat a néanmoins envoyé une circulaire destinée à orienter cette mise en place. S’il est souhaitable que l’institution joue son rôle de cadrage et d’impulsion d’une politique commune aux établissements plutôt que de laisser l’autonomie de l’établissement engendrer les disparités et les inégalités que l’on sait, cette circulaire cherche à renforcer les aspects les plus contestables de l’AP.

L’autonomie des établissements est mise en avant quand cela arrange l’administration. Pendant qu’au niveau national et académique le SNES pèse sur l’administration pour obtenir des cadrages qui aillent dans le bon sens, il faut utiliser l’autonomie des établissements pour défendre notre conception du lycée, les intérêts des élèves et des collègues. La circulaire place l’accompagnement pédagogique sous la coupe du Conseil pédagogique. Rappelons que le SNES appelle à empêcher sa mise en place, et là où c’est impossible, à tout faire pour que le Conseil pédagogique se rapproche dans les faits de l’assemblée générale des personnels. Pratiquement, cela signifie que l’AP n’a pas à être imposé aux équipes sans que les modalités en aient été débattues.

Le prof principal parait appelé à jouer un rôle pivot dans l’AP, et notamment de chef d’orchestre de l’équipe pédagogique. Il faut dénoncer fortement cette tentative de caporalisation de nos professions par la multiplication des échelons intermédiaires (PP, conseil pédagogique). C’est aussi d’une dénaturation de nos missions qu’il s’agit, et sans aucun souci de la qualité du service public puisqu’au moment même où la réforme enjoint aux enseignants de prendre en charge l’orientation des élèves, les suppressions de postes de CO-Psy et la réforme de l’orientation en cours conduiront nos collègues CO-Psy sur des tâches différentes qui ne les laisseront pas disponibles pour assurer leurs misions de service public d’orientation auprès de l’ensemble des élèves.

C’est pourquoi nous vous invitons à regarder de très près les projets de votre lycée et à peser pour qu’à la rentrée l’accompagnement personnalisé tienne compte de la volonté des équipes en terme de contenus, d’organisation etc. Soyez aussi attentifs aux incidences sur les emploi du temps des collègues avec la mise en barrette de l’accompagnement personnalisé notamment.
Pour exemple dans certains établissements les collègues ont pu obtenir que les heures d’accompagnement personnalisé soient dévolues à des dédoublements disciplinaires en maths, français et histoire-géo notamment, et qu’elles permettent d’inscrire dans les services du temps partiellement consacré à la concertation des équipes, mais aussi aux réunions de parents par exemple. Rien n’est encore définitif et il est encore temps de peser pour la rentrée.

Enseignements d’exploration

Rappel : 4 sortes d’EDE

- choix entre PFEG (principes fondamentaux d’économie et de gestion) et SES

- 2è EDE à 1H30

- 2e EDE à 3H

- 3e EDE à 1H30

 PFEG et SES

Le choix de ces options dans l’académie ne se fait pas dans le collège mais dans le lycée au moment de l’inscription. Les effectifs ne sont donc pas encore connus et ne le seront pas avant le 3 juillet ce qui peut avoir une incidence sur la DGH et sur les services. Par exemple si la demande en SES est nettement supérieure à ce qui était prévu l’administration devra basculer des heures prévues en PFEG sur les SES.
Attention la réforme prévoit que les professeurs des deux disciplines peuvent intervenir dans les deux disciplines. Nous vous invitons à ne pas laisser le chef d’établissement imposer cela aux collègues concernés.

 Les effectifs des autres EDE sont actuellement connus des lycées et permettent de connaître dès maintenant les effectifs et de les intégrer dans les services.

Nouveaux programmes et manuels

Les nouveaux programmes consécutifs à la réforme ont été faits dans la précipitation, sans qu’aucune réflexion sur les contenus à enseigner n’ait précédé la détermination des horaires d’enseignement. Si la consultation en SES a permis quelques aménagements, les autres consultations n’ont été que de l’affichage, et il a été impossible d’obtenir de l’administration la synthèse de celle-ci.

Les programmes des enseignements d’exploration notamment ont été faits de manière bâclée et superficielle.

La conséquence directe de cela est que les éditeurs ont dû faire les manuels dans la précipitation. Sauf en mathématiques et en LV, dont les spécimens commencent à arriver, les manuels ne seront prêts que fin aout. Le ministère enjoint les équipes à décider mi-septembre du choix d’un manuel, à le commander. Les manuels arriveront dans les lycées vraisemblablement en novembre. Les éditeurs ont proposé de mettre en ligne leurs manuels au premier trimestre mais on peut se demander d’où ces versions seraient disponibles pour faire cours. Le ministère a par ailleurs suggéré le recours aux photocopies sans aborder la question de leur financement.
Plusieurs problèmes se posent :

 Cet aspect de la situation révèle particulièrement bien à quel point cette réforme se fait au mépris des élèves et des enseignants. Les élèves de Seconde n’auront pas de manuel à la rentrée dans une partie importante des disciplines, et ce sont les plus fragiles scolairement ou socialement qui seront affectés. Les enseignants seront dans l’incapacité de tenir compte des supports proposés aux élèves pour préparer leurs cours. Nous vous invitons à alerter les parents sur ces questions.

 L’augmentation inévitable du nombre de photocopies va poser un problème qu’il faut anticiper : la surconsommation de photocopies par rapport à la quantité prévue dans le contrat a un surcoût très important. L’établissement devra s’adresser à la Région pour qu’elle le prévoie.

Nous vous invitons à susciter la réflexion sur ces questions dans les conseils d’enseignements notamment d’histoire-géographie, de SES, d’éco-gestion, de physique-chimie et de SVT et à nous faire en faire remonter les échos.