Plan d’urgence pour l’éducation.

Dans notre Académie, des secteurs les plus divers et les plus éloignés au coeur des zones urbaines, telles les agglomérations marseillaise ou avignonaise, comme dans les zones rurales des départements alpins, la crise pèse sur des populations déjà fragilisées par les difficultés socio-économiques anciennes.

La rigueur budgétaire imposée au secteur éducatif aggrave la situation. Dans une académie chroniquement sous dotée, réduire de 10% en 7 ans le nombre d’enseignants a des conséquences délétères. Impossible de relancer l’ascenseur social dans un tel contexte. Le gouvernement le sait, qui abandonne toute perspective de démocratisation,
d’accès aux qualifications, renoncement camouflé par la promotion de quelques représentants des « minorités visibles ».

Le discours sur le mérite ne sert en effet qu’à identifier les rares exceptions qui viendront confirmer l’implacable règle de la mise à l’écart de quartiers et de populations entières. Nous faisons, avec de nombreuses autres forces progressistes, qu’elles soient syndicales, associatives ou politiques, l’analyse qu’il n’y a pas d’avenir dans une société qui multiplie les inégalités et les cloisonnements.

Bien que l’Ecole ne puisse pas tout, elle peut beaucoup, et notamment redonner une perspective et un espoir à une jeunesse qui désespère de son avenir. Cela passe par un projet éducatif ambitieux et généreux qui remette le droit à la culture, à l’instruction et à la formation au centre du système. Ce n’est pas ce que cherche à faire ce gouvernement, dont chaque nouvelle proposition est marquée au sceau du tri social et de l’exclusion précoce.

Il faudra procéder en deux temps.

Dans l’immédiat, un plan d’urgence permettrait de mettre en place des dispositifs renforcés de scolarisation pour sortir de l’ornière les jeunes aujourd’hui en butte à l’échec scolaire, en particulier en collège, et à la marginalisation sociale.

Oui, il faut du soutien, oui il faut de l’individualisation, un encadrement éducatif et social des élèves les plus fragiles, mais cela doit se faire avec l’objectif de ramener dans les meilleurs délais les élèves dans des dispositifs d’instruction et de formation dans le but d’acquérir à terme les savoirs et les compétences nécessaires à « tout honnête homme » du XXIe siècle. A ces fins, il faut enrichir le temps scolaire, multiplier les dédoublements et les travaux en petits groupes, diversifier l’acte d’enseignement et les activités scolaires, mettre en place un suivi rapproché par des équipes pluri-professionnelles composées d’enseignants, de CPE, de psychologues conseillers d’orientation, d’assistantes sociales et d’infirmières. Fadela Amara évoquait un Plan Marshall pour les banlieues : il n’a bien entendu pas vu le jour. Pourtant, c’est bien d’un investissement massif de l’Etat dont nos élèves ont besoin sans attendre.

Par ailleurs, un nouveau projet d’école progressiste destiné à assurer la réussite des générations futures reste à définir Très prochainement, arriveront dans nos collèges les générations issues du « babyboom » de l’an 2000. De quel projet éducatif seront porteuses les forces progressistes pour permettre à notre pays de reconstruire du lien social, pour élaborer une culture commune moderne partagée par le plus grand nombre et non préemptée par une élite ou asservie aux lois du marché, pour permettre aux citoyens de s’approprier demain la société de la connaissance et la rendre propice à leur propre émancipation, pour conquérir des espaces d’action, d’intervention et d’invention sur leur travail et sur leur société ?

Après trois ans de Sarkozysme ronflant, il est temps pour les citoyens de bonne volonté d’inventer un autre projet de société. Le SNES entend y prendre sa part. C’est tout le sens que nous entendons donner à notre colloque du vendredi 18 juin 2010 et à notre adresse à tous les enseignants pour qu’ils se saisissent de la démarche du « plan d’urgence », le fassent fructifier dans les établissements par des propositions concrètes, contactent en ce sens les parents d’élèves afin de créer ce mouvement majoritaire de défense et de promotion de l’école publique dont nous avons besoin.