Comment convaincre les étudiants de se destiner aux métiers de l’éducation ? Les besoins sont énormes : chaque année, 15 000 nouveaux postes sont créés, en plus des 15 000 départs en retraite qu’il faut remplacer. Deux sessions de concours ont été organisées en même temps. Mais la crise de recrutement est là, mettant toute l’architecture de notre service public en péril : en juillet 2014, faute de candidats, 21 % des postes offerts au CAPES rénové, 31 % des postes offerts au CAPES exceptionnel, 9 % des postes offerts à l’agrégation, n’ont pas été pourvus. Il faut revaloriser !

Malgré la baisse du premier salaire, à cette rentrée, de 2000 € brut à 1600 € brut, les stagiaires sont volontaires et demandeurs. A l’ESPE, les stagiaires soulignent la bonne volonté et le dévouement des intervenants. Sur le terrain, les tuteurs assurent, bien que leur indemnité ait baissé à cette rentrée de 50%. On se félicite que la formation professionnelle initiale en alternance soit rétablie après cinq promotions qui ont été directement envoyées sur le terrain, à temps plein. On se dit que dans un tel contexte, les jeunes lauréats doivent être accueillis à bras ouverts dans les nouvelles Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education, que l’on doit s’y retrouver avec un mélange d’euphorie, d’impatience et d’excitation.

Las !

Un mois après la rentrée scolaire, c’est un crève-cœur que de voir comment se répètent les mêmes erreurs, comment l’ESPE se rapproche des ornières de l’IUFM et de l’Ecole Normale, comment la machine à normaliser se remet en place, contraignant les stagiaires à courageusement se mobiliser : « Oui à la formation ! Non à la punition ! »

Ils dénoncent la précipitation avec laquelle semblent se mettre en place les formations : emplois du temps changeants, convocations erronées, salles bondées, formations de « culture commune » soporifiques, contenus redondants avec le cursus universitaire antérieur, grande disparité d’un groupe à l’autre … Sans considération pour l’immense charge que représente la découverte du métier, on impose un mémoire à des étudiants qui ont déjà accompli des travaux de recherche, on demande du travail à la maison d’une semaine sur l’autre (dossiers thématiques, exposés, notes, préparations de cours « hors sol »), on met en place des procédures d’évaluation tatillonnes et scolaires (un contrôle continu de deux épreuves écrites et d’un oral, par UE semestrielle). Pour leur titularisation, les stagiaires sont censés s’en remettre à une triade : le chef d’établissement, l’IPR et le directeur de l’ESPE.

Ne laissons pas nos jeunes collègues se débattre seuls. Soyons à leurs côtés dans les établissements, portons avec eux la parole de la profession dans les instances de l’ESPE. Ensemble, promouvons une formation en alternance de qualité à l’ESPE, qui respecte nos métiers et notre professionnalité !

Laurent Tramoni