Après les attentats

lundi 30 novembre 2015
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La France, patrie des Lumières, est visée par des attaques terroristes répétées, fomentées par Daech, une organisation terroriste basée en Syrie et en Irak et ayant des ramifications en Europe. Nous réaffirmons notre soutien aux victimes, à leurs familles et à leurs proches. Les personnels de l’éducation nationale ont fait tout leur possible, comme tous les autres fonctionnaires, pour rassurer les élèves, les aider à analyser la situation, et à se construire en tant qu’individus et citoyens face à ces événements dramatiques.

Ces actes barbares sont injustifiables et impardonnables. Ils visent notre Nation et l’idéal d’une République qui veut représenter l’universalisme des droits de l’homme et du citoyen. Ils visent à exporter les conflits du Moyen Orient, à provoquer des tensions croissantes au sein de notre société et à nous conduire à la guerre civile.
Le syndicalisme SNES et FSU reste profondément attaché à la paix et à la démocratie, à l’égalité et à la fraternité, en France, mais aussi entre les peuples.

Eradiquer le terrorisme et mettre fin aux conflits au Proche-Orient.

La politique étrangère de la France doit viser à rétablir la paix dans le monde, et en particulier au Proche-Orient, ce qui suppose de rechercher des solutions diplomatiques aux conflits actuels. Les opérations de guerre à l’encontre des groupes terroristes, au Mali, en Syrie, doivent se faire dans cet objectif, dans le respect du droit international et avec l’aval de l’ONU.
Trop souvent, et notamment après les attentats du 11 septembre 2001, les grandes puissances occidentales ont conduit des politiques aventuristes, en Afghanistan, en Irak, en Libye, qui ont mené au chaos et permis l’expansion de groupes terroristes tels Daech. Elles commercent avec des dictatures qui soutiennent et financent le wahhabisme. Elles ont dans le même temps fait preuve de pusillanimité dans le conflit israélo-palestinien, ou au moment des printemps arabes.
La politique de la France doit viser la résolution de ces conflits. La constitution d’une coalition internationale intégrant la Russie et les puissances régionales représente un progrès dont la contrepartie ne saurait être, pour la France, de renoncer à soutenir les Printemps arabes et les populations qui cherchent à s’émanciper de dictatures sanguinaires. Les opposants syriens démocrates au régime de Bashar El Assad, les Kurdes, ... doivent être soutenus dans leurs luttes. Les populations qui fuient les exactions commises tant par les armées intégristes que par les dictateurs doivent être secourues et accueillies.

Assurer la sûreté civile …

Face à ces attaques répétées, l’Etat doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la paix civile et la sécurité des personnes.
Si cela suppose de faire évoluer la Constitution ou la législation, alors cela ne peut se faire qu’à l’issue d’un débat public sérieux et sincère, dans le respect des principes constitutionnels en vigueur, républicains et démocratiques.
Cela suppose de rompre avec les politiques de baisse de la dépense publique qui privent l’Etat des leviers nécessaires à l’accomplissement des missions de sécurité intérieure et extérieure. L’endoctrinement et le recrutement tirent parti des nouvelles technologies, de réseaux de communication ou de réseaux sociaux mondialisés, ce qui implique de renforcer les capacités de renseignement des Etats et ce qui pose la question de la surveillance et du contrôle du deep web, mais aussi celle des moyens humains des services de renseignement en France et à l’étranger.
La présence d’armes de guerre sur le territoire national à disposition tant des réseaux mafieux que des groupes terroristes inquiète et justifie aux yeux de la population des perquisitions et des assignations à résidence des personnes surveillées. Nous devons réfléchir collectivement à l’apparition dans le débat public d’une forme "de principe de précaution" appliqué aux individus signalés comme étant radicalisés, principe qui appliqué aux sanctions pénales telles que la privation de libertés est fondamentalement contraire à notre droit. Des cellules terroristes dormantes peuvent passer à l’action de façon inopinée, semblent pouvoir aller et venir à leur guise sur le territoire européen et au-delà. Cela impose une meilleure coopération des Etats, au moins au niveau européen. Les lieux d’endoctrinement et de radicalisation doivent effectivement être fermées, sous réserve que cette disposition ne complique pas plus encore la tâche des services de renseignement, et toutes formes d’incitation à la haine et apologie du terrorisme, d’où qu’elles viennent, doivent être poursuivies.
La question de la formation des cadres des communautés religieuses intervenant en France reste importante. Comment soutenir cet Islam de France, indépendant des financements étrangers, reconnaissant les principes républicains, déjà pratiqué par la plupart de nos concitoyens ? La République laïque ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Dans le cadre de la loi de 1905 auquel nous restons attachés, c’est d’abord aux croyants eux-mêmes d’inventer les réponses à ces questions.
S’agissant du retour en France de personnes passés par des terrains de guerre, l’Etat doit se doter des moyens de contrôler leur retour, de procéder à une déradicalisation et de viser leur réinsertion.

… sans renoncer à l’Etat de droit

Le pouvoir judiciaire doit rester ferme sur les principes républicains, le respect des libertés individuelles et l’Etat de droit. Les mesures administratives doivent être strictement encadrées et contrôlées. La prévention de possibles actes terroristes ne peut conduire, dans un Etat de droit, à prendre des mesures punitives, de rétorsion, a priori, sur la base de présomptions.
Le SNES-FSU prendra sa part dans la vigilance et la défense des libertés publiques fondamentales. L’émotion créée par les attentats ne doit pas conduire aux mêmes excès que l’après 11 septembre dans les Etats-Unis de Georges Bush (Patriot act attentatoire aux libertés publiques, guerre aventuriste en Irak, détention hors de tout cadre légale de prisonniers à Guantanamo, prisons secrètes extra territoriales, torture...).
Nous interrogeons le gouvernement sur les raisons de prolonger pour trois mois l’état d’urgence, qui permet de restreindre fortement les libertés publiques.

Les extrémistes se nourrissent des fractures de notre société

Dans le contexte électoral des régionales mais aussi la précampagne des présidentielles, il est clair que la période est propice aux surenchères politiciennes.
Le SNES-FSU appelle à refuser le repli sur soi, l’égoïsme national, le communautarisme, la xénophobie et le racisme. Ces risques existent, plus encore qu’au lendemain des attentats de janvier 2015. Nous appelons à la vigilance pour écarter tout amalgame entre les terroristes et les musulmans ou les Français issus de l’immigration. Nous appelons à faire barrage à l’extrême-droite car elle ne peut qu’attiser les antagonismes et accroître les fractures qui nous mèneraient vers la guerre civile.
En janvier 2015, certains pans de la société ont souligné qu’ils ne s’étaient pas retrouvés dans l’injonction à être « Charlie ». Aujourd’hui, plusieurs voix émanant de Français issus de l’immigration s’élèvent pour se déclarer « plus que jamais Français ». La France ne peut plus se vivre comme un pays clivé entre « Français d’origine » et « enfants d’immigrés » mais comme un peuple nourri d’origines et d’histoires diverses, se reconnaissant dans des principes et des lois.
Aussi, nous rappelons notre attachement à une république laïque qui reconnaît l’égalité devant la loi de tous les citoyens, « sans distinction d’origine, de race ou de religion » (article premier de la constitution), qui respecte toutes les croyances. Cela ne s’oppose pas au nécessaire renforcement de la lutte contre les réseaux de l’intégrisme djiahidiste en France et en Europe.

La présence en France de réseaux d’endoctrinement intégriste, le départ vers le Djihad d’individus qui sont nés, ont grandi et ont été à l’école en France, imposent de rouvrir le débat sur les politiques publiques, au-delà de la stricte question des fonctions régaliennes de l’Etat. En se tournant vers Daech, la majorité des embrigadés cherchent d’abord un statut, une histoire, une raison d’être qu’ils ne trouvent pas dans leur vie quotidienne.

Refonder le Pacte social

Le Président de la République a annoncé que « le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité », et nous nous en félicitons. Mais il n’a rien dit du Pacte social. Il y a urgence à renouer avec des politiques publiques qui relancent la croissance, qui luttent contre les inégalités sociales, le chômage, la relégation sociale et l’exclusion. La Nation doit veiller à retenir en son sein tous ses citoyens, elle doit les reconnaître et favoriser le sentiment d’appartenance. Cela suppose par exemple d’associer tous les habitants aux prises de décisions locales, en donnant le droit de vote aux résidents réguliers. Cela suppose de réorienter les politiques économiques vers l’emploi, la création et le partage équitable de la valeur ajoutée.

Le rôle des services publics est essentiel au projet de la république sociale, laïque, solidaire, à laquelle nous aspirons. Ces jours-ci, les forces de sécurité en ont fait la démonstration. Mais le rôle des agents hospitaliers, des professeurs, des agents de la justice, des administrations, des finances… l’est tout autant à moyen et long terme. Il faut renoncer à la baisse de la dépense publique et réformer la fiscalité pour que les citoyens consentent plus à l’impôt parce qu’ils le trouvent juste et utile.

C’est en prison que certains individus se radicalisent, ce qui pose la question de l’encadrement en milieu carcéral par des personnels formés pour lutter contre ces logiques. Les moyens de la PJJ, qui ont été fortement impactés par les politiques d’austérité, doivent être rétablis et les personnels doivent recevoir les formations adéquates.

Les politiques de la ville doivent être repensées pour lutter contre la ghettoïsation et l’entre-soi social qui se développe à tous les bouts de la société. La baisse de la dépense publique, celle de l’Etat comme celle des collectivités territoriales, a pour effet de dévitaliser les services publics, de supprimer les subventions aux associations laïques et républicaines qui interviennent dans les quartiers défavorisés, par exemple sur le soutien scolaire. Ce mouvement doit être inversé.

Nous appelons au maintien de la COP 21 et souhaitons pouvoir maintenir les initiatives sociales et associatives qui l’accompagnent. L’urgence à lutter contre les terroristes ne doit pas conduire les gouvernements à renoncer à prendre les mesures qui s’imposent aujourd’hui pour maintenir le réchauffement climatique dans des proportions contrôlables.

L’école, une Institution de la République

L’école a un rôle spécifique à jouer en tant qu’Institution de la République. Par la formation des professeurs, par l’amélioration des taux d’encadrement, par le développement de l’accès aux qualifications, par l’élaboration d’une culture commune émancipatrice, par l’affirmation de l’éducabilité de tous, par la promotion de l’éducation pour tous, le système éducatif contribue à la régénération de la Nation française. Face à de tels enjeux, la scolarité obligatoire doit être portée à 18 ans dans la loi, comme elle l’est dans les faits, ce qui signifie que la Nation donne à l’Etat la responsabilité de progresser vers une nouvelle étape de démocratisation de l’accès aux savoirs et aux qualifications.

Comme à d’autres moments de notre histoire nationale, nous avons besoin d’une école qui promeuve le lien social entre les futurs citoyens et donne du sens au parcours de chacun. L’éducation doit se fonder sur un projet commun qui soit de nature à répondre aux défis collectifs auxquels sont confrontées la société et la Nation. Le SNES souligne que l’éducation doit viser à l’émancipation des individus, ce qui suppose une pédagogie fondée sur les savoirs et les œuvres humaines, sur l’entrée de l’élève dans la culture écrite, sur la connaissance active des grands domaines, les lettres, les humanités, les sciences, les sciences sociales, les arts, les techniques... Il faut éviter les réponses hâtives et inopérantes, dont la visée réside plus dans la communication que dans l’éducation, telles que celles qui ont suivi les événements de janvier 2015, sans que les moyens de la mise en oeuvre aient été donnés. Toute réforme du système éducatif doit s’adosser à l’idée que la Culture et l’accès du plus grand nombre à un haut niveau de formation et de qualification restent des armes absolues contre la misère, l’obscurantisme et la barbarie.

A rebours des forces obscurantistes ou extrémistes actuellement à l’œuvre au sein de notre société, nous entendons contribuer, par notre action syndicale, à un monde de paix et de justice sociale,


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