Julien a 14 ans, il habite Gemenos et entre en classe de Troisième. Il voit l’été se finir avec un pincement au coeur, pas tant car il n’aime pas l’école, c’est sa vie aussi : il y retrouve ses copains, les amies, il apprécie le côté pince sans
rire du CPE, les AEd qui les tancent quand ils comprennent qu’on s’active autour des premiers mégots, et puis tous ces profs qui cherchent à leur apprendre des choses ! Mais plutôt parce qu’il aimerait par-dessus tout suivre son père lors des
battues sous le pic de Bertagne, et continuer ces soirées au bord de l’eau dans les rochers près de Cassis avec les jeunes d’Aubagne. Avec eux, il se sent grand, il se voit grandir en les regardant, en les écoutant discuter du dernier manga, du dernier logiciel, il apprend comment tchater. Il s’amuse de voir sa
mère essayer de le contraindre à moins jouer aux jeux de rôle sur son ordinateur, quand minuit arrive, alors, par jeu, lui fait croire qu’il fait des recherches sur Google… Oui, l’école, c’est important pour Julien, c’est ce que lui dit son père. Comme lui, il voudrait devenir technicien, pour s’occuper de l’entretien des machines, dans une usine. Pour cela, le conseiller d’orientation
lui a expliqué qu’il fallait qu’il décroche un bac STI de mécanique, puis un BTS. S’il s’en sort, il aimerait faire une licence pro, mais, faut pas rêver… Sa grande soeur vient d’avoir son bac S, mais ses parents n’ont pas assez d’argent pour lui payer un logement à Montpellier où elle était prise dans une école d’ingénieur. Parce que les sous, ca ne va pas fort à la maison. Sa mère a bien retrouvé un travail à la Valentine maintenant que les enfants sont plus grands, mais son père, c’est un de chez Fralib. Il s’occupait de l’entretien de la chaîne de production. Depuis qu’Unilever veut fermer la boîte, Julien vient tous les soirs dans l’usine pour y rencontrer les gars, les filles, qui occupent le site pour empêcher la vente des machines. La nuit, il a même été avec son oncle coller des affiches pour le boycott de Lipton sur la voie rapide. Excitation garantie … Et puis, il a vu des caméras, des journalistes, des bousculades, il a entendu parler, parler fort. Il se rappelle avoir marché avec d’autres sous le soleil de plomb
dans les grandes rues de Marseille. Ca lui donne envie de faire pareil, d’être syndicaliste comme son tonton.

Julien dit aussi qu’il a été très impressionné par les hommes politiques qui sont venus chez Fralib, il y en a eu plusieurs. Il aimerait bien que son père devienne, avec ses collègues, le propriétaire de la marque pour que le travail reprenne dans l’usine. Il parait que le nouveau Président a dit que ce serait possible. Devant la télé, il a vu le regard de son père à cet instant.

Alors, Julien se dit, avec un petit pincement au coeur, que cette année, à l’école, il va travailler. Il a entendu le nouveau ministre de l’éducation dire que tout le monde pouvait réussir et qu’il y avait une grande réunion pour essayer d’améliorer l’école. Les profs de son collège, qu’il a vu à la manif, disent la
même chose. Alors, pourquoi pas !

Julien, l’Ecole de la République, il y croit. Et nous avec lui !

Bonne rentrée à tous, le SNES à vos côtés.

Laurent Tramoni