Le SNES Aix-Marseille invité de la semaine du 3 au 7 septembre dans l’Humanité pour des chroniques sur la rentrée scolaire : à retrouver en cliquant ici ou à lire ci-dessous

Qu’attendent les professeurs qui exercent dans la quartiers Nord ? Le Nouvel Obs

Marsactu  : Les Agents de Prévention et de Sécurité, les gardes du corps de la rentrée

Métro  : les agents de prévention et de sécurité : lire ici

Provenceducation : la rentrée du SNES dasn Provenceducation

Rentrée scolaire : le journal de LCM LaChaineMarseille(voir après 5 min d’émission)

La rentrée scolaire dans La Marseillaise : lire ici

Les nouveautés de la rentrée dans La Provence  :lire ici

Envoyé spéical la suite fait sa rentrée : cliquer ici

Les chroniques du SNES Aix-Marseille dans le journal L’Humanité :

Lundi 3 septembre 2012

La rentrée des profs, entre soulagement et espoir

Dimanche entre collègues, veille de rentrée. Après 1O ans de luttes, on perçoit un certain soulagement. Le décret Chatel qui confiait l’évaluation des professeurs au seul chef d’établissement a été abrogé. Stéphane tempête : comme si les directeurs d’aéroport notaient les pilotes de ligne ! Pour Gilbert, rien de pédagogique là-dedans, c’est politique : faire de chaque collège ou lycée une entreprise autonome gérée par un manager. Petite entreprise, école atomisée, le contraire d’un Institution de la République. Julien confirme, qui enseigne dans un collège difficile ECLAIR : ECLAIR, c’est le laboratoire de l’école libérale, de la relégation sociale. Qu’attend-on pour abroger ce dispositif ? On sent en effet une certaine impatience. Jean-Phi, conseiller d’orientation, renchérit : l’assouplissement de la carte scolaire et les internats d’excellence renforcent la ghettoïsation. Tous deux citent la lettre du ministre : « l’éducation prioritaire doit donner plus à ceux qui ont le plus de besoins » ! Chiche ?
Ensemble, nous rassurons aussi Sandy, futur stagiaire. Avec seulement 4 jours de formation professionnelle en août, il va enseigner 15 heures par semaine devant des classes de 35 élèves. Son métier, il y croit, il veut transmettre, être utile à ses élèves, leur donner le sens des sciences : expérimenter, raisonner, argumenter… Mais, il voudrait être formé avant ! Cette année, un millier de postes n’a pas trouvé preneur lors des concours : la profession n’attire plus. Pour Noémie, qui doit s’équiper, se loger, l’urgence c’est d’augmenter les salaires et de revaloriser le métier. Sans ça, comment recruter, alors que 60 000 postes sont promis ?
Tous les cinq sont syndiqués : enseigner, c’est se battre contre ces injustices, ces ignorances, ces renoncements qui entravent leurs élèves. Cette année ils veulent que leur soulagement et leur impatience se changent en espoir.

Mardi 4 septembre 2012

L’éducation, une aventure collective

Mardi, rentrée des élèves. Chacun au lycée va découvrir les 150 à 200 élèves avec qui il va passer l’année. L’éducation, c’est d’abord une aventure collective, un groupe qui découvre, travaille et apprend ensemble ; un groupe où l’on s’entraide, où l’on s’attend, où l’on échange. Dommage que cet élan collectif soit de plus en plus entravé par l’individualisme, le consumérisme, et surtout la folie de l’évaluation, la sélection permanente, le tri social.
Par l’absentéisme aussi. Les médias en parlent, mettant en cause les parents. Certes ! A Marseille, ce qui frappe, c’est aussi le problème des transports urbains. De nombreux élèves des lycées technologiques ou professionnels ont un trajet d’une durée supérieure à une heure. Implantation des formations inappropriée, inadéquation du réseau de transports en commun. Dans les quartiers Nord, les élèves voient parfois le bus bondé passer sans s’arrêter. L’absentéisme, c’est aussi les besoins des familles, la garde des frères et sœurs, les petits boulots : livrer des pizzas, faire des ménages, des travaux saisonniers, quand ce n’est pas le piège de l’économie parallèle. Difficile ensuite de se concentrer en classe. En période de crise sociale aigüe, chacun doit aider. On renonce alors à la cantine, et l’argent de la bourse sert aux besoins de la famille entière.
Avec le conseiller principal d’éducation et l’assistante sociale, les professeurs essayent de trouver la parade. Le renfort annoncé des vies scolaires sera bienvenu, malgré la précarité du statut d’Assistant d’éducation. Donner confiance, inciter au travail, tirer vers le haut, identifier une situation tangente, prévenir un décrochage, hausser le ton si besoin, … nous ne sommes jamais trop nombreux à veiller sur les élèves. Et si l’on rétablissait les 12% de postes de professeurs supprimés par la droite depuis 10 ans dans les collèges et les lycées de l’académie d’Aix-Marseille ?

Mercredi 5 septembre 2012

Mes collègues ont du métier !

Mes collègues ont du métier ! Cela va sans dire, me rétorquera-t-on. Il est rare pourtant que l’on rende justice au travail des enseignants. Il est même plutôt de bon ton de s’en plaindre dans certains clubs.
Car le travail est méconnu. Pour une part, il est invisible ! Il s’en trouve encore qui croient qu’un professeur ne travaille que 18 heures par semaine… Et quand il est dans la classe, le travail n’est pas vu pour autant. C’est pourtant là que tout se joue, les réussites comme les échecs. Mes collègues, qui connaissent leur métier, le savent et c’est là l’objet de toutes leurs attentions : le travail en classe.
L’institution, elle, ne voit que ce qu’elle regarde : ce qui est autour de la classe. Avant, après, rarement pendant. Et dès qu’un ministre s’entiche de résoudre l’échec scolaire, il invente un dispositif de remédiation extérieur à la classe, à côté, presqu’ailleurs. Dernier exemple en date ? L’accompagnement personnalisé en lycée !
Réduisons les effectifs des classes, multiplions les moments de travail en petit groupe ! L’institution devrait favoriser le travail collectif, la concertation entre pairs, permettre aux collègues de s’observer les uns les autres et d’ainsi nourrir leurs échanges sur les pratiques de chacun.
Mes collègues ont du métier, et ils ont une discipline. Un professeur enseigne une discipline, et il y tient. Car toute sa professionnalité est basée sur la relation qui unit le professeur, les élèves et l’objet d’étude. C’est la recherche de ce moment où le regard de l’élève ne se porte plus ni sur le professeur, ni sur la consigne, ni sur la figure, ce moment où le regard se pose sur l’objet qu’il y a à travailler, à étudier. Il faut bien connaître sa discipline pour conduire un élève à surmonter les obstacles.
Aussi, mes collègues ne demandent pas une énième grande réforme. Qu’on s’intéresse à l’enseignement, qu’on réinterroge les savoirs scolaires, qu’on actualise les programmes… et surtout qu’on les laisse travailler.
Car enseigner, c’est leur métier !

Jeudi 6 septembre 2012

L’école produit-elle trop de diplômés ?

Cela se dit. N’est-il pas vrai que les jeunes sont contraints d’accepter des emplois en-deçà de leurs qualifications ? Le diplôme aurait perdu de sa valeur.
D’aucuns considèrent que la formation serait une affaire trop sérieuse pour la confier à l’école ; on entend substituer l’apprentissage aux lycées professionnels, faisant fi des inégalités à l’entrée, des ruptures de contrat. On s’imagine avoir trouvé la martingale avec la décentralisation : les acteurs économiques orienteraient mieux les élèves en fin de collège, malgré les brusques variations des besoins à court terme du marché du travail local. En PACA, si l’on en croit le patronat, pas d’emploi en dehors de la restauration, de l’hôtellerie et des services à la personne ! Pourtant, la pétrochimie, la sidérurgie, l’industrie électronique peinent à recruter des personnels qualifiés.
Toutes les études montrent que le diplôme reste un rempart contre le chômage, offre plus de choix à l’embauche, permet une évolution de carrière plus satisfaisante et si besoin, une reconversion plus facile. Elles montrent aussi qu’on recherche des salariés capables de s’adapter aux évolutions futures des techniques et de l’organisation du travail. Elles montrent enfin que les compétences d’un salarié prétendument « surdiplômé » car recruté sur un poste déclassé, ne sont pas laissées en sommeil : si elle ne les paye pas, l’entreprise les utilise. C’est la menace du chômage de masse qui permet au patronat de déqualifier les emplois et de réduire les salaires en ne reconnaissant pas les qualifications.
Car la qualification, c’est l’atout d’un jeune. La gauche doit donc mener de front la lutte contre l’échec scolaire et celle de l’élévation générale des qualifications. Ce qui suppose de revenir sur les réformes des lycées professionnels et technologiques. La formation initiale, c’est un des leviers d’une politique de l’emploi ambitieuse.

Vendredi 7 septembre 2012

Refonder l’école de la République, oui, mais comment ?

La loi d’orientation Jospin de 1989, restait marquée par l’impulsion démocratique du plan Langevin-Wallon et son objectif de porter à 18 ans la scolarité obligatoire. Aujourd’hui, 2 jeunes sur 3 obtiennent un bac et 80 % des jeunes de 18 ans sont toujours scolarisés. La réalité, la demande sociale, c’est que les jeunes ont besoin de qualifications. A cette demande, l’Etat doit répondre en reconnaissant qu’il a le devoir d’accompagner chacun dans sa scolarité jusqu’à 18 ans. 100 % de jeunes qualifiés, cela devrait être la priorité !
Mais, depuis 1995, l’ascenseur scolaire se bloque et le système éducatif butte sur le noyau dur de l’échec scolaire. Est-ce un hasard ? Depuis 1995, la part de la richesse nationale consacrée à l’éducation régresse.
En 2005 la loi d’orientation Fillon n’y change rien et les évaluations, comme PISA, mettent la France à l’index : échec, inégalités. L’école de la reproduction sociale, privé aidant, se porte bien, merci ! Officiellement, l’accent a pourtant été mis sur le socle commun, référence de la scolarité obligatoire à 16 ans. Personne ne devrait quitter l’école sans le socle ? En fait, la bonne conscience de ceux qui ont systématisé le tri social, distingué l’excellence, encensé le mérite et renvoyé à sa responsabilité personnelle celui qui avait le malheur d’échouer.
Aujourd’hui, la refondation, ce ne peut être maintenir à 16 ans la fin de la scolarité obligatoire et restructurer le système autour de deux blocs cloisonnés : une « école du socle » de 6 à 16 ans arrimant le collège au primaire d’une part, un bloc bac -3 / bac +3 liant le lycée à l’université d’autre part. Non, réfléchissons plutôt aux continuités de la maternelle au supérieur, démocratisons les savoirs et les techniques, travaillons la culture commune pour que nos jeunes vivent ensemble demain, investissons dans la formation.
Chaque élève, quelle que soit sa place dans le système éducatif, a droit à l’attention prioritaire de la Nation, pour l’amener à franchir ce plafond de verre qui bride son émancipation.