29 novembre 2017

Nos enseignements

Réforme du baccalauréat et du lycée : bas les masques !

Réforme du baccalauréat et du lycée : bas les masques !

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Visite de la commission Mathiot à Marseille

Le SNES-FSU participera lundi 18 décembre 2017 à la table ronde que le Rectorat organise à l’occasion de la venue à Marseille de la Commission Mathiot.

Cette commission a été chargée par le Ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer de rendre un rapport sur les réformes du baccalauréat et du lycée général et technologique.

Les échos qui nous parviennent des auditions que la commission Mathiot réalise actuellement montrent que le rapport qu’elle va rendre en janvier s’inscrira de toute évidence dans le cadre préétabli par le président Macron : la baccalauréat ne devrait plus compter que quatre épreuves terminales, les autres enseignements étant évalués en contrôle continu.

Le SNES-FSU Aix-Marseille considère que les processus d’évaluation des élèves ont connu ces dernières années une véritable inflation et qu’ils grèvent de façon excessive le temps scolaire, au détriment des apprentissages. Le contrôle en cours de formation en langues notamment s’est développé au cours des dernières années ; il est très chronophage et place les élèves et les professeurs dans une situation d’examen permanent. L’accroissement du contrôle continu fait en outre dépendre la valeur du diplôme de la réputation du lycée dans lequel il a été passé. A l’inverse, les épreuves terminales restent une garantie pour un baccalauréat reconnu comme le premier grade universitaire donnant accès aux poursuites d’étude dans le supérieur. Il n’est pas anodin que la réforme du baccalauréat soit conçue en lien avec la réforme de l’accès à l’université qui fait disparaître de la loi le droit pour chaque bachelier de s’inscrire dans l’université de son choix.

En outre, la commission Mathiot élabore dans le même temps une réforme du lycée comme une conséquence de la réforme du baccalauréat. Pour le SNES-FSU Aix-Marseille, il est nécessaire de sortir de l’échec de la réforme Chatel de 2010, mais cela doit se faire à partir de l’identification des difficultés que rencontrent les jeunes dans leur parcours et non à partir du nombre d’épreuves au baccalauréat. Aussi, une fois de plus, les propositions de la commission Mathiot vont s’inscrire dans une logique de réduction des coûts en réduisant à nouveau les horaires disciplinaires et en appauvrissant l’offre de formation. Sous couvert de liberté de choix, le lycée modulaire sur lequel travaille la commission Mathiot va concentrer la formation en lycée sur quelques disciplines stratégiques et limiter l’éventail des savoirs auxquels chaque élève aura accès. Même si le menu propose de nombreux enseignements au choix, le choix est limité d’un côté par le nombre et l’horaire hebdomadaire, et de l’autre par le nombre de places : les élèves qui ont les meilleurs résultats pourront choisir, les autres iront là où il reste de la place. Le choix est théorique, la réalité est contrainte. Les déterminismes sociaux joueront à plein.

Notre société, nos jeunes adolescents, ont pourtant besoin d’une culture commune qui se fonde sur des enseignements abordant plusieurs domaines de l’activité humaine : langues, humanités, sciences, techniques, arts, activités physiques et sportives ... Ils ont besoin de temps pour élaborer un projet d’orientation qui leur corresponde, à rebours de la spécialisation précoce qui se dessine.

Le SNES-FSU Aix-Marseille interviendra dans la table ronde pour faire entendre la parole des enseignants, qui savent parce qu’ils sont à leurs côtés au quotidien quels sont les besoins des élèves d’aujourd’hui. Il appelle les acteurs du système éducatif à la vigilance et est déterminé à mobiliser le moment venu contre tout projet qui sacrifierait l’ambition scolaire sur l’autel des réductions budgétaires et des logiques individualistes.

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Le Ministère avance masqué depuis le début. Aucun document écrit n’a été communiqué, aucun projet clairement évoqué lors des premières réunions. Toutes les informations sont issues de la presse, mais aussi des recoupements que font les différents interlocuteurs de la commission Mathiot entre eux et avec le SNES (Inspection, association de spécialistes etc.) Elles sont donc à prendre avec prudence, les journalistes eux-mêmes se livrant à des conjectures. Ce qui n’apparait pas dans tel ou tel article de presse ne disparait pas nécessairement. Cependant toutes convergent dans les grandes lignes pour dessiner un lycée modulaire, la disparition des séries et de la voie technologique comme voie spécifique, l’augmentation de la part du contrôle continu.

La commission Mathiot auditionne mais le projet est en réalité très avancé, le Ministère ayant fixé janvier pour le premier rapport et le printemps pour les décisions suivies de leur application dès la rentrée 2018 en Seconde. Il s’agit évidemment d’une stratégie visant à entraver la mobilisation en entretenant le flou. Cette situation est proprement inacceptable, le SNES-FSU a donc exigé d’être reçu en audience d’urgence par le Ministère, il est reçu ce jeudi nous vous tiendrons informés.

Sur le bac :
4 épreuves nationales, auxquelles s’ajoute l’EAF maintenue en Première. Tout le reste en contrôle continu. Les élèves passeraient deux épreuves en février/mars (leurs deux majeures), puis en juin un grand oral type TPE sur ces deux disciplines majeures, et une épreuve de philosophie dont on ne connait pas la nature.

Pour le choix des majeures et des mineures, il y aurait des couplages obligatoires. Par exemple un élève prenant HG et SES en majeure (couplage possible) aurait obligation de prendre mineure maths mais en contrôle continu. Les détails de cette organisation ne sont pas connus, notamment la place des disciplines technologiques.

Sur le lycée :
Le scenario est celui du lycée modulaire dans lequel les élèves suivent des enseignements en tronc commun et des enseignements de spécialité qui dessinent des parcours. En Seconde les élèves auraient les trois quart de l’enseignement de tronc commun, puis la spécialisation se ferait progressivement en Première et Terminale. Sur les réseaux sociaux certains inspecteurs dénoncent les projets de réduction drastique de l’horaire élève en Seconde.

La voie technologique n’apparait nulle part en tant que telle, et on peut craindre le pire : un lycée modulaire dans lequel les élèves peuvent prendre des spécialités technologiques ou générales, bref, la disparition de la voie technologique.

Quelles conséquences ? Suppressions de postes, tri social dès la Seconde, dégradation des conditions de travail
On voit bien les opportunités de suppression de postes qui sont derrière ce projet : réduction des heures, regroupement des élèves, réduction de l’offre de formation.

On voit aussi se dessiner un dispositif qui conduira à trier les élèves : accès conditionnel à l’université avec le plan étudiant, bac en partie local avec le contrôle continu, et lycéen des milieux les plus défavorisés ou éloignés de l’école seul responsable de la définition de son « parcours ». Surtout, les universités établissant des pré-recquis, le choix du parcours par l’élève pourrait dès la Seconde conditionner l’accès à telle ou telle université, indépendamment du niveau de l’élève. Une orientation ultra précoce qui ne tient aucun compte du temps de maturation d’un projet pour l’élève et dessine des parcours obligés sans aucun droit à l’erreur.

Et pour les enseignants, un poids toujours plus grand de l’orientation, et ce sans aucun plan de formation, des classes chargées à bloc et des mesures de carte scolaire.

Bref, la mobilisation est la seule réponse à ce projet délétère, et elle passe par un gros travail d’information et de mise en débat des modalités d’action auprès des collègues. Nous comptons sur vous pour cela, et n’hésitez pas à nous solliciter si vous avez besoin d’aide.

Caroline Chevé – Secrétaire académique adjointe