18 décembre 2017

Nos enseignements

Réforme du baccalauréat et du lycée : Grève nationale mardi 6 février 2018

Réforme du baccalauréat et du lycée : Grève nationale mardi 6 février (...)

Réforme du bac, réforme du lycée et affectation dans le supérieur. A lire ici
Un deuxième prof principal … mais un projet scandaleux pour les lycéens ! A lire ici

MARDI 6 FEVRIER 2018
Appel national à la grève dans le second degré
SNES-FSU, CGT-Education, SNUEP-FSU

A Marseille, rassemblement aux Mobiles, en haut de la Canebière à 11 h 00

COMMUNIQUE du SNES-FSU suite à la publication du rapport Mathiot le 24 janvier 2018 : cliquer ici

Visite de la commission Mathiot à Marseille

COMPTE-RENDU SNES-FSU de la TABLE RONDE organisée par le rectorat d’Aix-Marseille à l’occasion de la venue à Marseille de P. Mathiot dans le cadre de sa mission sur le baccalauréat :

A Marseille, le 18 décembre 2017

Les auditions de la commission Mathiot proprement dites sont terminées mais P. Mathiot poursuit le travail en se déplaçant dans trois académies : Aix Marseille, Besançon et Lilles. Dans ce cadre, il a auditionné aujourd’hui le CAVL et les représentants des personnels représentés au CTA (FSU, UNSA, FO, CGT) et les fédérations de parents d’élèves.

Trois élus du SNES-FSU et de la FSU étaient présents à ce titre lors de la table ronde au Lycée Jean Perrin le lundi 18 décembre 2017. Nous avons pu avancer nos propres analyses et propositions pour améliorer le lycée et le baccalauréat, mais aussi réagir et argumenter sur les projets de la commission Mathiot déjà publics, et enfin obtenir de nouvelles précisions.

L’essentiel de ce qui est déjà connu par l’intermédiaire des compte-rendus des organisations auditionnées par la commission est confirmé. Certains points ont déjà évolué au cours de la semaine dernière.
De façon générale, la finalité attribuée à cette réforme du lycée est avant tout de mieux préparer au supérieur. P. Mathiot se défend de vouloir réduire le volume des enseignements, la diversité de l’offre de formation, et de faire du lycée une petite université. Cependant nous observons que l’horaire hebdomadaire élève évoqué ce jour est de 27 heures (contre 28/30 selon les séries aujourd’hui), que les séries et les voies disparaissent, ouvrant la voie à l’affaiblissement de certaines disciplines préservées aujourd’hui par leur place dans les séries, et que le modèle universitaire est très prégnant : modules, partiels, semestres etc.

Pour le SNES il est nécessaire que le lycée prépare mieux aux poursuites d’études, mais la solution n’est pas nécessairement une adaptation précoce aux modalités universitaires. Le lycée doit par ailleurs être un outil de réduction des inégalités sociales et nous voyons dans le lycée modulaire un risque accru d’inégalités entre les initiés et les autres, entre les élèves les meilleurs qui choisiront l’intégralité de leur parcours et les plus faibles qui devront se contenter des places et des disciplines restantes.
Un certain nombre d’interrogations ne sont pas levées, et manifestement certaines des pistes envisagées au début des consultations par la commission Mathiot rencontrent des obstacles, notamment le développement du contrôle continu. Si l’on peut y voir le signe d’une ouverture aux arguments contradictoires, il apparait aussi que certaines idées séduisantes sur le papier se heurtent à la réalité matérielle des établissements. Un lycée, c’est une DGH, des équipes disciplinaires, des services hebdomadaires, des classes. Autant de détails qui font que tout n’est pas possible, ni souhaitable. Et les idées les plus séduisantes deviendront vite redoutables en période de suppression de poste.
Les échanges nous ont cependant permis d’obtenir des précisions, qui doivent cependant être lues avec précaution : le rapport n’est pas écrit, il ne paraitra que fin janvier, beaucoup de choses peuvent encore évoluer. Suite à sa publication, le Ministre consultera à nouveau les organisations syndicales et prendra les décisions au Printemps pour une première mise en place à la rentrée 2018 en Seconde (essentiellement sous la forme d’une semestrialisation), les changements n’intervenant cependant qu’au deuxième semestre de Seconde. La première session du nouveau baccalauréat serait pour 2021.

Réforme du baccalauréat

Le principe des 4 épreuves nationales en terminale (l’EAF reste en Première) est maintenu avec les deux épreuves écrites des deux disciplines de la majeure à la fin du premier semestre (avec communication précoce des résultats aux universités - Parcoursup), le grand oral dans ces deux disciplines et l’épreuve de philosophie en juin. Le grand oral porterait sur un sujet choisi par l’élève, éventuellement préparé collectivement, que l’élève passe seul devant un jury de trois personnes dont un non-enseignant. Ce dernier point semble encore à l’étude, de nombreux problèmes se posant. L’épreuve de philosophie pourrait soit être distincte en fonction de la majeure, notamment générale ou technologique, avec programme voire sujet différent, soit identique avec critères de correction différents.
Concernant les autres disciplines, les mineures et les disciplines de tronc commun, la seule chose qui puisse vraiment être affirmée c’est qu’elles ne sont pas évaluées de la même façon que les précédentes. Mais les modalités ne sont pas du tout arrêtées. P. Mathiot affirme lui-même que les différentes formes de contrôle local, CCF, ECE etc. posent problème. L’hypothèse de partiels anonymes avec épreuves académiques ou nationales est envisagée, tout comme celle d’une sorte « bac blanc académique », une semaine d’épreuves.

Si ces dernières pistes peuvent préserver davantage l’anonymat et l’égalité des établissements, on ne voit plus en quoi elles résolvent ce qui est reproché aujourd’hui au baccalauréat, notamment sa lourdeur organisationnelle. Manifestement les arguments contre le baccalauréat local portent.

Réforme du lycée

Le principe est celui du lycée modulaire, avec un tronc commun qui se rétrécit entre la Première et la Terminale et une spécialisation progressive, assurée par le choix de deux disciplines constituant la « majeure » et de trois (ou deux) mineures. La possibilité de prendre la même discipline en majeure et mineure, sous la forme d’un enseignement renforcé existe.
Les volumes horaires semblent avoir un peu évolué : il avait été question de 25 ou 26 dans d’autres auditions, P. Mathiot parlait aujourd’hui de 27h : 15 h de tronc commun / 12 h de spécialité (majeure+mineures) en Première et l’inverse en Terminale. En Seconde le tronc commun occuperait l’intégralité des enseignements du premier semestre, et l’élève pourrait choisir des modules au deuxième semestre sous la forme d’une coloration, sans préjuger de ses choix en Première. P. Mathiot évoque par ailleurs la question de l’accompagnement des élèves dans ce nouveau système et évoque la possibilité d’une certification de certains professeurs dans le domaine de l’orientation.
Contrairement aux annonces un peu rassurantes qui avaient été faites la semaine dernière concernant la voie technologique, P. Mathiot a affirmé clairement que la distinction entre général et technologique avait vocation à disparaitre, avec l’organisation des enseignements en tronc commun et spécialités technologiques. La possibilité d’une majeure couplant discipline technologique et générale (Ex : SMS et SVT) est envisagée. La STMG semble faire l’objet d’une attention particulière, les autres séries étant plutôt considérées comme ayant un fonctionnement satisfaisant. Nous avons insisté sur la spécificité de la voie technologique, notamment de son articulation avec les champs professionnels et de la nécessité accrue compte-tenu du profil des élèves de maintenir des parcours cohérents.
Nous avons demandé quel sort était réservé aux options facultatives, arts, EPS, Lettres classiques, LV3. Il nous a été répondu par deux scenarios possibles : soit elles seraient maintenues en tant que telles, soient elles deviendraient une troisième mineure.

Le devenir de la LV2 n’est pas fixé. P. Mathiot insiste sur le faible niveau des élèves français en LV en général et la nécessité d’apprendre bien une langue plutôt que mal deux langues. A notre objection de la réforme du collège qui mettait l’accent sur l’égalité des deux LV, il n’y a pas vraiment de réponse. La LV2 pourrait être dans le tronc commun ou être une mineure. Par ailleurs les dispositifs linguistiques spécifiques type euro, bachibac etc. seraient maintenus.
De nouveaux enseignements pourraient apparaitre. Sont cités l’informatique, la question de la certification ou d’une discipline à part entière n’est pas tranchée, et un enseignement des sciences pour les élèves non-scientifiques (« enjeux scientifiques contemporains »).
Concernant les programmes, le problème de la cohérence entre le tronc commun et les enseignements de spécialités, entre les disciplines de la majeure et les mineures est identifié par P. Mathiot. Mais les pistes ne sont pas arrêtées. Deux programmes différents au moins, en tronc commun et en spécialité, sont envisagés, ainsi que des épreuves différenciées.

Et sous silence

Nous avons interrogé P. Mathiot sur des dimensions qui, pour n’être pas directement dans le périmètre de ses attributions, nous semblent des aspects incontournables de toute réflexion sur le devenir du lycée :

-  Les effectifs d’élèves par classe, et les possibilités de varier les situations d’apprentissage en allégeant les effectifs, dédoublant les classes, travaillant en TD etc. Cet aspect est absolument absent de la réflexion, pas même sous l’espèce de l’autonomie de l’établissement.

-  Le devenir des lycées ZEP : la ministre de la précédente majorité avait annoncé qu’il serait envisagé dans le cadre d’une réforme du lycée. Il y urgence à intégrer les lycées dans le périmètre de l’Education prioritaire en termes de moyens supplémentaires, d’attractivité des postes et de travail en équipe.

-  L’association des collègues enseignants, CPE, PsyEN à la réflexion sur le devenir du baccalauréat et du lycée après la remise du rapport Mathiot. Pour le SNES-FSU il est évident que des demi-journées banalisées dans tous les lycées seraient le signe d’un authentique souci d’entendre les professionnels de terrain et de mener des réformes dans l’intérêt des élèves et non dans une perspective idéologique et budgétaire.

Face à des projets inquiétants et complexes, le SNES-FSU continue d’appeler la profession à se tenir informée régulièrement, à mener le débat dans les salles des professeurs et à construire la mobilisation.

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COMMUNIQUE du SNES-FSU en amont de la visite de P. Mathiot :

Le SNES-FSU participera lundi 18 décembre 2017 à la table ronde que le Rectorat organise à l’occasion de la venue à Marseille de la Commission Mathiot.

Cette commission a été chargée par le Ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer de rendre un rapport sur les réformes du baccalauréat et du lycée général et technologique.

Les échos qui nous parviennent des auditions que la commission Mathiot réalise actuellement montrent que le rapport qu’elle va rendre en janvier s’inscrira de toute évidence dans le cadre préétabli par le président Macron : la baccalauréat ne devrait plus compter que quatre épreuves terminales, les autres enseignements étant évalués en contrôle continu.

Le SNES-FSU Aix-Marseille considère que les processus d’évaluation des élèves ont connu ces dernières années une véritable inflation et qu’ils grèvent de façon excessive le temps scolaire, au détriment des apprentissages. Le contrôle en cours de formation en langues notamment s’est développé au cours des dernières années ; il est très chronophage et place les élèves et les professeurs dans une situation d’examen permanent. L’accroissement du contrôle continu fait en outre dépendre la valeur du diplôme de la réputation du lycée dans lequel il a été passé. A l’inverse, les épreuves terminales restent une garantie pour un baccalauréat reconnu comme le premier grade universitaire donnant accès aux poursuites d’étude dans le supérieur. Il n’est pas anodin que la réforme du baccalauréat soit conçue en lien avec la réforme de l’accès à l’université qui fait disparaître de la loi le droit pour chaque bachelier de s’inscrire dans l’université de son choix.

En outre, la commission Mathiot élabore dans le même temps une réforme du lycée comme une conséquence de la réforme du baccalauréat. Pour le SNES-FSU Aix-Marseille, il est nécessaire de sortir de l’échec de la réforme Chatel de 2010, mais cela doit se faire à partir de l’identification des difficultés que rencontrent les jeunes dans leur parcours et non à partir du nombre d’épreuves au baccalauréat. Aussi, une fois de plus, les propositions de la commission Mathiot vont s’inscrire dans une logique de réduction des coûts en réduisant à nouveau les horaires disciplinaires et en appauvrissant l’offre de formation. Sous couvert de liberté de choix, le lycée modulaire sur lequel travaille la commission Mathiot va concentrer la formation en lycée sur quelques disciplines stratégiques et limiter l’éventail des savoirs auxquels chaque élève aura accès. Même si le menu propose de nombreux enseignements au choix, le choix est limité d’un côté par le nombre et l’horaire hebdomadaire, et de l’autre par le nombre de places : les élèves qui ont les meilleurs résultats pourront choisir, les autres iront là où il reste de la place. Le choix est théorique, la réalité est contrainte. Les déterminismes sociaux joueront à plein.

Notre société, nos jeunes adolescents, ont pourtant besoin d’une culture commune qui se fonde sur des enseignements abordant plusieurs domaines de l’activité humaine : langues, humanités, sciences, techniques, arts, activités physiques et sportives ... Ils ont besoin de temps pour élaborer un projet d’orientation qui leur corresponde, à rebours de la spécialisation précoce qui se dessine.

Le SNES-FSU Aix-Marseille interviendra dans la table ronde pour faire entendre la parole des enseignants, qui savent parce qu’ils sont à leurs côtés au quotidien quels sont les besoins des élèves d’aujourd’hui. Il appelle les acteurs du système éducatif à la vigilance et est déterminé à mobiliser le moment venu contre tout projet qui sacrifierait l’ambition scolaire sur l’autel des réductions budgétaires et des logiques individualistes.

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Le Ministère avance masqué depuis le début. Aucun document écrit n’a été communiqué, aucun projet clairement évoqué lors des premières réunions. Toutes les informations sont issues de la presse, mais aussi des recoupements que font les différents interlocuteurs de la commission Mathiot entre eux et avec le SNES (Inspection, association de spécialistes etc.) Elles sont donc à prendre avec prudence, les journalistes eux-mêmes se livrant à des conjectures. Ce qui n’apparait pas dans tel ou tel article de presse ne disparait pas nécessairement. Cependant toutes convergent dans les grandes lignes pour dessiner un lycée modulaire, la disparition des séries et de la voie technologique comme voie spécifique, l’augmentation de la part du contrôle continu.

La commission Mathiot auditionne mais le projet est en réalité très avancé, le Ministère ayant fixé janvier pour le premier rapport et le printemps pour les décisions suivies de leur application dès la rentrée 2018 en Seconde. Il s’agit évidemment d’une stratégie visant à entraver la mobilisation en entretenant le flou. Cette situation est proprement inacceptable, le SNES-FSU a donc exigé d’être reçu en audience d’urgence par le Ministère, il est reçu ce jeudi nous vous tiendrons informés.

Sur le bac :
4 épreuves nationales, auxquelles s’ajoute l’EAF maintenue en Première. Tout le reste en contrôle continu. Les élèves passeraient deux épreuves en février/mars (leurs deux majeures), puis en juin un grand oral type TPE sur ces deux disciplines majeures, et une épreuve de philosophie dont on ne connait pas la nature.

Pour le choix des majeures et des mineures, il y aurait des couplages obligatoires. Par exemple un élève prenant HG et SES en majeure (couplage possible) aurait obligation de prendre mineure maths mais en contrôle continu. Les détails de cette organisation ne sont pas connus, notamment la place des disciplines technologiques.

Sur le lycée :
Le scenario est celui du lycée modulaire dans lequel les élèves suivent des enseignements en tronc commun et des enseignements de spécialité qui dessinent des parcours. En Seconde les élèves auraient les trois quart de l’enseignement de tronc commun, puis la spécialisation se ferait progressivement en Première et Terminale. Sur les réseaux sociaux certains inspecteurs dénoncent les projets de réduction drastique de l’horaire élève en Seconde.

La voie technologique n’apparait nulle part en tant que telle, et on peut craindre le pire : un lycée modulaire dans lequel les élèves peuvent prendre des spécialités technologiques ou générales, bref, la disparition de la voie technologique.

Quelles conséquences ? Suppressions de postes, tri social dès la Seconde, dégradation des conditions de travail
On voit bien les opportunités de suppression de postes qui sont derrière ce projet : réduction des heures, regroupement des élèves, réduction de l’offre de formation.

On voit aussi se dessiner un dispositif qui conduira à trier les élèves : accès conditionnel à l’université avec le plan étudiant, bac en partie local avec le contrôle continu, et lycéen des milieux les plus défavorisés ou éloignés de l’école seul responsable de la définition de son "parcours". Surtout, les universités établissant des pré-recquis, le choix du parcours par l’élève pourrait dès la Seconde conditionner l’accès à telle ou telle université, indépendamment du niveau de l’élève. Une orientation ultra précoce qui ne tient aucun compte du temps de maturation d’un projet pour l’élève et dessine des parcours obligés sans aucun droit à l’erreur.

Et pour les enseignants, un poids toujours plus grand de l’orientation, et ce sans aucun plan de formation, des classes chargées à bloc et des mesures de carte scolaire.

Bref, la mobilisation est la seule réponse à ce projet délétère, et elle passe par un gros travail d’information et de mise en débat des modalités d’action auprès des collègues. Nous comptons sur vous pour cela, et n’hésitez pas à nous solliciter si vous avez besoin d’aide.

Caroline Chevé – Secrétaire académique adjointe